Face à l’intensification des épisodes pluvieux et au risque de crues en milieu urbain et périurbain, plusieurs opérations d’aménagement montrent comment la gestion de l’eau est au cœur du projet. Deux contextes différents illustrent des approches complémentaires où l’eau, contrainte “à maîtriser”, devient support de projet.
Asnières-sur-Seine : la ZAC pensée comme un système hydraulique
Un site sous contraintes
Christian Piel, urbaniste, et gérant de l’agence UrbanWater spécialisée en gestion de l’eau en milieu urbain, explique le contexte : “La ZAC du Parc d’Affaires à Asnières-sur-Seine s’inscrit dans la transformation d’une ancienne friche tertiaire de 16 hectares en quartier majoritairement résidentiel en bord de Seine. Nous avons assuré l’assistance à maîtrise d’ouvrage puis l’assistance à maîtrise d’œuvre sur ce projet, regroupant de multiples équipes d’architectes mandataires sur les lots bâtis et de l’agence Ter pour la maîtrise d'œuvre urbaine et l’aménagement des espaces publics de la ZAC”. La réglementation du PPRI de la Seine et la Loi sur l’eau imposent d’office des dispositifs de rétention des eaux pluviales et l’obligation d’anticiper les crues du fleuve sur l’ensemble du site. L’agence a surdimensionné les obligations en anticipation des évolutions climatiques.
“Les mesures mises en oeuvre pour recevoir et gérer ces différentes présences éphémères de l'eau, la capacité du site à l’absorber ou la retenir sont imperceptibles”, évoque Christian Piel.
Absorber et ralentir l’eau
Spécifiquement pour ce secteur, et en amont du projet, les objectifs d'infiltration et de rétention, ainsi que les modalités de mise en oeuvre des dispositifs, ont été intégrées au PLU. Entre autres : “Les sols ont été rendus obligatoirement perméables, aussi bien dans les lots privatifs que sur l’espace public”, précise Christian Piel. La stratégie adoptée privilégie la gestion à ciel ouvert des eaux pluviales, sans réseau d’assainissement dédié, favorisant une gestion gravitaire et naturelle. Les eaux (pluviales ou de montées en charge liées aux crues) sont intégrées au paysage urbain sans être perceptibles : des noues, de légères dépressions constituent des retenues temporaires d’eau réparties sur l'ensemble de la ZAC. L’objectif est de rendre le quartier “spongieux”, en supprimant le ruissellement de surface, et en proposant des dispositifs modulés selon la hiérarchie des événements pluvieux. Certaines zones sont mobilisées dès les pluies fréquentes, d’autres uniquement lors d’événements rares. “Il faut retenir l’eau sur place. Et lui laisser le temps d’être infiltrée dans le sol, évapotranspirée par la végétation ou rendue à la Seine avec un débit de fuite lent et contrôlé.” 
L’infiltration généralisée à l’ensemble de la ZAC à raison de 55 L/m2 limite le ruissellement vers les réseaux.
Un parc central inondable…
Le parc central joue un rôle structurant : il constitue à la fois un espace de rétention et un espace public pleinement utilisable. “On peut très bien inonder des aires de jeux pour enfants, les hauteurs d’eau restent maîtrisées et temporaires, car ces espaces sont submergés très exceptionnellement pour une pluie ou une crue d’occurrence 30 ans”, explique Christian Piel. La désimperméabilisation du site lui confère un caractère très vert : “C’est là où ça devient intéressant, le fait d’obliger à mettre de la terre, puis à mettre de l'eau dans la terre ; forcément, ça génère de la végétation. La contrainte de la gestion de l'eau, se traduit finalement par une forte présence de nature, de processus l’étant tout autant, au coeur d’une ville dense, et selon des techniques qui sont fondées sur la nature”.En résumé
Demandes du Maître d'ouvrage
• maintenir le programme urbain (pas de réduction des surfaces bâties) ;
• développer un quartier de logements en bord de Seine ;
• Intégrer la gestion des eaux pluviales et des crues.
Contraintes
• site en bord de Seine soumis au risque d’inondations ;
• opération sur friche tertiaire à reconvertir (~16 ha) ;
• contraintes réglementaires (loi sur l’eau, PLU modifié, PPRI) ;
• nécessité de gérer les eaux sur l’ensemble de la ZAC.
Solutions
• gestion de l’eau à ciel ouvert et gravitaire ;
• infiltration généralisée et stockage diffus (sols, toitures, parc) ;
• création d’un parc central inondable et structurant ;
• gestion des eaux sur les espaces public/privé ;
• approche fondée sur la nature ;
• multifonction des espaces.
Les décaissés sur l’espace public (noues, dépressions, aires de jeux) permettent le stockage temporaire des eaux pluviales.
…des bâtiments ‘imprégnés’ par l’eau
Sur les îlots, les bâtiments de la ZAC s’adaptent : “Les architectes devaient a dmettre d es p arkings s outerrains i nondables, a vec l’ensemble des étages habités positionnés au-dessus de la cote centennale de la crue de la Seine”. Une notion simple et efficace pour limiter les dégâts potentiels et caler altimétriquement la ZAC. “Dans ch acun d es l ots, l es b âtiments d oivent s tocker l’eau sur leur toiture à raison de 0,055 m3 par m2 (55 L /m2). Puis leur rejet doit s’effectuer au niveau du terrain naturel de chaque parcelle, pour être infiltrées”. Certaines équipes vont plus loin : “Par exemple des toitures terrasse, avec des hauteurs de terre importantes, deviennent support à de l’agriculture urbaine”. En se promenant dans cette ZAC, on ne voit pas les possibilités de la présence de l'eau, la capacité du site à l’absorber ou la retenir. Pourtant, le dispositif est partout, diffus et répandu sur toute l’opération. “C’est une façon de faire d’abord de la ville puis d’élaborer un schéma de gestion des eaux prévenant les inondations, tout en participant à la qualité globale du quartier. Cette gestion hydrologique, je le pense, peut et doit s’inscrire pleinement dans les exigences du confort urbain”, conclut-il.Gonesse : ralentir la crue, redonner sa place au cours d’eau
Un cours d’eau en zone habitée
Le projet, porté par le SIAH du Croult et du Petit Rosne, et l’Atelier CEPAGE (pour Conception Études PAYsage & Génie Écologique), maître d’oeuvre du projet (mandataire, avec Hydratec co-traitant), devait intervenir sur Gonesse, où le Croult, cours d’eau fortement anthropisé et associé à des épisodes récurrents d’inondations dans le quartier du Vignois, posait problème. Nathalie Cadiou, co-gérante et paysagiste-écologue, rappelle le contexte : “L’objectif était de renaturer ce cours d’eau et de gérer les inondations, initialement sous l’angle des dommages aux biens et aux personnes. Nous avons élargi l’approche en traitant les crues, en proposant un lieu de promenade et en améliorant la qualité écologique de la renaturation in fine.” 
L’ancien lit du cours d’eau a été planté, assurant la tranquillité des riverains.
Ralentissement hydraulique
“Plutôt que de vouloir faire des confortations de berges très coûteuses, il valait mieux régler le problème des inondations à l'amont”, évoque-t-elle. L’équipe fait le choix d’intervenir sur la morphologie du cours d’eau. Auparavant rectiligne et profond, il est reméandré (sur environ 800 m de long) et doté de berges en pente douce : “L’objectif étant de ralentir les écoulements et de limiter les effets de “chasse d’eau” lors des crues. La renaturation devient le prétexte à mieux gérer le cours d’eau, en lui redonnant de l’espace et retravaillant la pente globale du site”.En résumé
Demandes du Maître d'ouvrage
• renaturer le cours du Croult ;
• gérer les inondations ;
• limiter les dommages aux biens et personnes.
Contraintes
• quartier fortement inondé ;
• cours d’eau rectiligne, profond, chenalisé ;
• érosion des berges ;
• proximité des habitations.
Solutions
• création de bassins en cascade / zones humides ;
• travail sur faibles profondeurs (0–50 cm) ;
• reméandrage / berges en pente douce ;
• recyclage des terres sur place ;
• création d’îlots (habitats favorables à la biodiversité).
Le projet a ravivé les continuités écologiques et les milieux naturels, sans artificialisation excessive.
Des zones humides comme outils
Le projet repose sur la création de 5 bassins en cascades, en lien avec le Croult au moment de la montée des eaux. Ces zones humides peu profondes (0 à 50 cm) occupent les 3/4 du site et accueillent l’expansion des crues tout en servant de support de biodiversité (libellules, amphibiens, oiseaux limicoles). Nathalie Cadiou complète : “Les bassins sont créés pour gérer les volumes progressivement. L’eau y est stockée temporairement sur une surface totale de 12 ha, pour un volume de 55 000 m3, avant restitution via des ouvrages calibrés permettant une vidange lente après la crue.” Éric Chanal, directeur du Syndicat Intercommunal Aménagement Hydraulique, vallées du Croult et du Petit Rosne
“Le projet de renaturalisation du Croult a d’abord été conçu pour répondre à un enjeu prioritaire, de gestion des crues et de prévention des inondations. Il est devenu notre projet vitrine pour ce type de problématique et les objectifs sont pleinement atteints ! Depuis sa mise en oeuvre, le projet a supprimé les débordements dans le quartier du Vignois. Les bassins créés sur 12 ha ‘absorbent’ la montée en eau, le niveau d’eau du Croult reste maîtrisé, y compris en période de fortes pluies, évitant ainsi la mise en charge des réseaux d’eau pluviale et les phénomènes de refoulement dans le lotissement en rive droite. Mais ce projet va au-delà de sa dimension technique, la sécurisation vis-à-vis des inondations a réduit significativement le stress des habitants, ils en témoignent volontiers. La transformation du site a également suscité des émotions positives et contribué à améliorer concrètement le cadre de vie. Ce nouvel espace public de qualité, accessible à pied et en vélo, pour les riverains et des promeneurs, s’inscrit dans une vision territoriale plus large en participant à la valorisation de la ville de Gonesse et de ses voisines limitrophes (Arnouville, Bonneuil-en- France). Sur le plan écologique, la renaturalisation a reconstitué un milieu vivant et évolutif. Un suivi sur plusieurs années, assuré par deux naturalistes en interne (en lien étroit avec l’Agence Régionale de la Biodiversité d’Île-de-France) nous permet d’observer la nette évolution des espèces, d’accompagner les dynamiques naturelles et de laisser progressivement la nature reprendre sa place”.