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Le parc a retrouvé ses promeneurs pas à pas

10/07/2026
Le parc a retrouvé ses promeneurs pas à pas
Au cœur du tissu urbain de Cherbourg-en-Cotentin (4 Fleurs, Fleur d’Or 2025), le parc de Bagatelle est redevenu un lieu de vie grâce à une succession d’interventions menées sur le temps long. Gestion différenciée, préservation des prairies humides et savoir-faire des jardiniers de la Ville ont guidé sa reconquête.
Avec ses 4,3 hectares, le parc de Bagatelle constitue un espace naturel en cœur de zone urbaine de Tourlaville comprenant des zones d'activités, des zones d'habitat collectifs et individuels, un établissement scolaire et des terrains sportifs, en bord de rivière le Trottebec. “C’est un parc qui a été créé en 2008 par le bureau d’études Sillage paysage & urbanisme sur un marais. Le travail du paysagiste a consisté à mettre en valeur ce site naturel et à préserver le marais en maintenant la circulation de l’eau et les zones de repos pour les oiseaux et les batraciens, grâce à une diversité de milieux humides : zones basses, étang et mares ouvertes”, introduit Nicolas Pont, directeur Nature, Paysage et Propreté. Mais au fil des années, certaines zones s’étaient refermées, d’autres étaient parties en friche et le site, moins fréquenté, était devenu propice à des incivilités. “Il y a cinq ans, nous avons décidé de réinvestir le site. Dans le cadre de notre gestion différenciée, nous avons classé le parc de Bagatelle parmi nos « espaces naturels aménagés”, en cohérence avec l’identité du site et sa vocation naturelle d’origine », partage-t-il.
Le parc comprend un espace canin clos, accompagné d’une démarche pédagogique sur les déjections canines et, plus largement, sur la propreté des espaces publics. Une politique récompensée notamment par l’attribution à Cherbourg-en-Cotentin d’une deuxième étoile du label “Ville Écopropre”.

Réaliser un bouquet de travaux

Plutôt qu’un vaste chantier de réaménagement, la Ville a choisi d’intervenir progressivement, au fil de plusieurs campagnes de travaux. « Nous avons avancé petit à petit, et sur plusieurs années, afin que les jardiniers puissent se réapproprier le site en même temps que les habitants », explique Clémence Lecaplain, cheffe du département Espaces verts et Espaces naturels. Menés en plusieurs phases, les travaux ont restauré la passerelle en bois surplombant l’étang, devenue vétuste, ainsi que les chemins en stabilisé. Les clôtures ont également été rénovées et un espace canin clos a été aménagé. “Le projet est accompagné d’une démarche pédagogique et a favorisé des usages plus respectueux. Le fait d’autoriser les chiens dans un espace dédié nous a notamment aidés à mieux gérer la question des déjections canines. Des sacs ont été mis à disposition et des panneaux rappellent aux propriétaires la nécessité de les ramasser, y compris dans les pelouses”, poursuit-elle.
Chêne pédonculé, aubépine, prunellier ou encore fusain composent la palette végétale des haies bocagères plantées.

Garder les prairies ouvertes

En 2022, une partie de la zone humide a fait l’objet d’une opération de broyage, de fauche et d’exportation afin de rouvrir le milieu. Le maintien des prairies humides, qui tendent naturellement à se boiser, constitue l’un des principaux enjeux de gestion du parc afin de préserver la flore et la faune qui leur sont associées. Parmi les espèces concernées figure notamment le Crapaud calamite, une espèce protégée qui affectionne les espaces ouverts et ensoleillés. Ainsi deux fois par an, l’équipe municipale “espace naturel” intervient en renfort des jardiniers du secteur avec du matériel agricole. Les prairies sont fauchées et les produits de coupe exportés pour produire du foin, ensuite valorisé pour nourrir le cheptel d’écopâturage de la Ville. “Cette exportation est essentielle. Laisser sur place les résidus de broyage enrichirait progressivement le sol et favoriserait les espèces nitrophiles, comme les orties, au détriment d’une flore prairiale plus diversifiée”, explique la cheffe de département.
Le maintien des prairies humides constitue un enjeu important pour préserver la faune et la flore associées à ces milieux. Pour cela, la Ville réalise des opérations de broyage, de fauche et d’exportation deux fois par an.

Favoriser une mosaïque de milieux

Sur le reste du parc, les interventions de plantation et d’entretien s’adaptent aux différents milieux. Certaines zones arbustives ont ainsi été taillées et replantées. “Pour la palette végétale, nous avons fait le choix de ne pas planter d’espèces exotiques ou horticoles. Nous avons souhaité privilégier les essences naturelles et locales, parfois labelisées Végétal local, qui pourraient être présentes spontanément, et replanter des haies bocagères avec des essences classiques et des plants forestiers”, poursuit-elle. Certaines friches ont été rouvertes afin de rendre le paysage plus lisible, d’autres ont volontairement été conservées comme refuges pour la faune. Des zones de sous-bois sont également préservées pour offrir des îlots de fraîcheur et favoriser d’autres espèces, notamment les oiseaux. Enfin, des espaces de pelouse sont régulièrement tondus afin d’offrir aux habitants des zones de détente. “L’entretien est réalisé par secteurs, jamais sur l’ensemble du parc simultanément. Cette organisation maintient en permanence des zones de refuge pour la faune”, résume Clémence Lecaplain. Les tailles d’arbres et d’arbustes sont broyées sur place, et le broyat est réparti au pied des plantations. Certaines branches ou même des troncs sont également laissées au sol : “c’est le savoir-faire des équipes de secteur qui jugent s’il est pertinent d’évacuer ou de laisser en place pour constituer des niches écologiques de bois mort qui favorisent certains insectes et les oiseaux”, ponctue-t-elle. Mesurer les effets de la gestion Un protocole scientifique d’inventaire des prairies, mis en place par l’écologue de la ville accompagné du Conservatoire Botanique National de Normandie, permet de suivre l’évolution du site et, si nécessaire, d’adapter les pratiques de gestion afin de favoriser la biodiversité. En 2025, près de 120 taxons ont été recensés sur le site. “Cet inventaire nous permet de vérifier que nos pratiques sont favorables à la flore et à la biodiversité. Bagatelle reste bien un parc urbain, mais ce suivi sur plusieurs années montre qu’une gestion adaptée peut favoriser la nature en ville”, partagent-ils. La reconquête du parc de Bagatelle repose sur une succession de petits travaux et d’interventions d’entretien qui, sur le temps long, ont permis au site de retrouver sa qualité et son attractivité. “Cette démarche valorise aussi les compétences des jardiniers. Nous pensions que le fait de travailler uniquement avec une palette naturelle pourrait être frustrant pour des jardiniers qui sont souvent des passionnés de botanique et d’horticulture. En réalité, ils se sont pleinement appropriés le parc et ont trouvé dans ce projet une autre manière de faire du paysage.”, conclut Clémence Lecaplain. Le retour des habitants et des familles témoigne aujourd’hui de cette réappropriation. La Ville souhaite désormais poursuivre la démarche en renouvelant la signalétique d’orientation et en installant de nouveaux panneaux pédagogiques consacrés à la faune et à la flore.