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Quand la contrainte devient source de créativité

01/07/2026
Quand la contrainte  devient source de créativité
Sur un terrain sableux en bord de mer, l’entreprise Akkebia (85) a imaginé un escalier signature sur mesure pour relier l’espace piscine à une salle de sport. Exit le traditionnel ouvrage maçonné : l’équipe a conçu une succession de pastilles circulaires en acier Corten remplies de béton minéralisé.

Tout commence lors de la rénovation complète d’une propriété. L’architecte prévoit alors sur les plans un escalier extérieur relativement classique pour assurer la liaison entre deux espaces. Mais dès les premiers échanges avec Nicolas Jauneau, dirigeant et créateur d’Akkebia, la cliente exprime clairement ses attentes. “Elle m’a bien fait comprendre que le style ne lui plaisait pas du tout. Cet escalier tout carré ne correspondait pas à ses attentes. Elle voulait quelque chose de plus doux, de plus original”, se souvient le paysagiste. À cette demande esthétique s’ajoute rapidement une contrainte majeure : le terrain est implanté sur une ancienne dune, dans un environnement particulièrement sableux. “Nous étions en bord de mer, avec un sol très meuble. Il fallait trouver une solution qui réponde à la fois à la demande de la cliente et aux contraintes du terrain.” Enfin, le projet s’inscrivait également dans une réflexion globale d’aménagement. Les propriétaires souhaitaient créer plusieurs ambiances distinctes autour de la maison. Sur cette partie, le choix s’orientait vers un univers plus organique, largement végétalisé, avec une emprise minérale réduite au strict nécessaire.

“Les clients ne voulaient pas un escalier trop contemporain. Le Corten possède une chaleur qui fonctionne très bien avec les végétaux et les teintes naturelles dans un esprit authentique”, explique le dirigeant d'Akkebia.
À quelques détails près, l’entreprise a réalisé le projet en parfaite cohérence avec les visuels 3D présentés aux clients, démontrant ainsi son savoir-faire et sa maîtrise du terrain.

De la courbe à la matière

L’idée des formes circulaires apparut rapidement au cours de la conception. Pour Nicolas Jauneau, le dessin répondait autant à une recherche esthétique qu’à une logique d’usage. “Nous avons imaginé des pastilles de diamètres différents, un peu comme un pas japonais géant. L’idée était de permettre plusieurs cheminements possibles et d’apporter un côté ludique. Les clients ont de jeunes enfants ; ils pouvaient s’approprier l’escalier différemment.” Restait alors à choisir le matériau capable de traduire cette intention. Le recours à l’acier Corten s’imposa naturellement. “Sur la maison, un bardage dans des tonalités brunes était prévu et nous étions dans un environnement de pins avec beaucoup de matériaux naturels. Je voulais une matière en accord avec cette ambiance.” Une première vue 3D est alors envoyée aux propriétaires. Malgré une proposition radicalement différente de celle imaginée initialement, l’adhésion et la validation furent immédiates.

Une conception testée sur place

Avant toute fabrication, l’entreprise choisit de tester les dimensions directement sur site. “Nous avons réalisé des gabarits en contreplaqué que nous avons positionnés sur des tiges métalliques. Nous voulions vérifier les hauteurs et les pas de marche. Nous ne voulions pas nous contenter de la modélisation 3D. Cette étape permettait d’ajuster précisément les diamètres des modules et leur implantation.” Une fois les gabarits validés, les éléments métalliques sont fabriqués sur mesure. Chaque module est constitué d’une virole en acier Corten de 3 mm d’épaisseur : “Sous la bordure, ce plat suit tout l’arrondi sur environ 12 cm de profondeur. Cela rigidifie l’ensemble et évite toute déformation lors du remplissage béton.”

“Nous avons imaginé des pastilles de diamètres différents, un peu comme un pas japonais géant. L’idée était de permettre plusieurs cheminements possibles et d’apporter un côté ludique. Les clients ont de jeunes enfants ; ils pouvaient s’approprier l’escalier différemment.”

Stabiliser l’ouvrage sur une dune

La principale difficulté du chantier réside dans la nature même du sol. “Quand on travaille dans ce type de terrain, dès qu’on ouvre une fouille, tout retombe à l’intérieur”, raconte le dirigeant. Pour sécuriser durablement l’ouvrage, l’équipe opta pour un système de plots béton reliés entre eux et ferraillés. “L’objectif était que tout l’escalier soit solidaire. Si le terrain venait à bouger, l’ensemble pourrait compenser les mouvements du sable.” Les modules en Corten sont ensuite positionnés et calés sur cette structure porteuse. L’intérieur des marches est rempli d’un empierrement compacté avant le coulage d’un béton minéralisé sur environ 10 à 12 cm d’épaisseur. “Nous avons coulé le béton assez rapidement après le fond de forme, pour limiter les risques de coulures de rouille.”

Un matériau séduisant qui exige de l’anticipation

Pour Nicolas Jauneau, le succès actuel du Corten s’explique autant par des raisons esthétiques que par l’évolution des tendances d’aménagement. “Aujourd’hui, les projets s’orientent beaucoup vers des teintes plus chaudes : beige, crème, matériaux naturels. Le Corten s’associe parfaitement avec le travertin, les bétons clairs ou les paillages organiques.” Mais le matériau nécessite une parfaite maîtrise de ses spécificités. “Nous sensibilisons toujours les clients aux coulures de rouille. Sur certains projets, nous refusons même d’utiliser du Corten lorsqu’il risque de marquer des maçonneries ou des bétons décoratifs.” L’entreprise a notamment abandonné l’utilisation de fixateurs après plusieurs retours d’expérience. “Nous avons constaté que la corrosion continuait parfois à travailler sous les produits de protection. Notre fournisseur nous déconseille désormais leur utilisation. Nous préférons laisser vivre naturellement la patine.”

Trois semaines de chantier

La réalisation de l’escalier a nécessité environ trois semaines d’intervention, entre terrassement, fondations, pose des modules, remplissage et finitions. “Les altimétries demandaient beaucoup de précision. Sur ce type d’ouvrage, on ne peut pas se permettre d’approximation.” Au-delà du temps de pose, le paysagiste souligne surtout l’intérêt économique de la solution. “Je ne suis pas certain qu’un escalier maçonné traditionnel aurait coûté moins cher. Entre les murs, les habillages et les finitions, on arrive rapidement à des budgets similaires.” L’escalier représente un investissement d’environ 12 000 € HT, hors aménagements périphériques.


EN RÉSUMÉ


Durée de réalisation

• Environ 3 semaines pour l’escalier
• Chantier global : environ 4 mois

Budget

• Escalier : environ 12 000 € HT
• Ouvrage complet avec aménagements associés : jusqu’à 20 000 € HT selon les options retenues

En définitive, la nature sableuse du terrain s’efface au profit d’une intégration paysagère réussie. Par ses formes et ses teintes naturelles, l’ouvrage met en valeur son environnement et s’harmonise avec les lignes du paysage.