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Casser les lignes pour un paysage vivant

01/09/2026
Casser les lignes  pour un paysage vivant

Derrière ce jardin aux allures de paysage méditerranéen se cache un important travail de réflexion technique. Francis Lachand, chef de chantier chez Sud Paysages by Meunier, revient sur les choix qui lui ont permis de transformer un projet géométrique en un aménagement harmonieux.

Lorsque Sud Paysages by Meunier prend possession du chantier, les murs de soutènement, la piscine et les principaux terrassements sont déjà réalisés par le terrassier et les autres corps de métier. L'équipe intervient alors sur l'ensemble des aménagements paysagers : modelage du terrain, création du bassin, arrosage, plantations et terrasse bois.

Les rochers viennent casser les perspectives rigides. Une fois le projet terminé, on ne voit plus une succession de lignes droites, mais un jardin qui semble s'être installé naturellement au bord de la maison.

Convaincre le client sans renier son projet

Le défi est d'abord esthétique. Le propriétaire souhaite un jardin exotique, aux lignes droites et strictes, à l'opposé des réalisations habituellement menées par l'entreprise. “Notre expertise est de créer des jardins qui semblent avoir toujours existé. On travaille les courbes, les volumes, les rochers, quelque chose de très naturel. Là, le client voulait des lignes parfaitement droites. Il fallait respecter cette demande tout en trouvant notre identité”, introduit Francis Lachand. Plutôt que de remettre en cause le dessin général, le chef de chantier choisit de jouer sur la perception. La terrasse bois conserve ses alignements imposés, perpendiculaires à la piscine, mais en enlevant quelques lames, le paysagistes crée de grands pas japonais. Et grâce aux enrochements, il fragmente visuellement les lignes droites.

Un bassin à contempler

Le bassin constitue la pièce maîtresse du projet. Plus qu'un ouvrage aquatique, Francis Lachand le conçoit comme un élément naturel entièrement intégré au jardin. Après le terrassement, les déblais sont réutilisés pour créer le relief nécessaire à la future cascade. “La terre extraite du bassin m'a permis de rehausser toute la partie arrière. Je pouvais ainsi obtenir une vraie chute d'eau, visible depuis la piscine, la terrasse et le séjour. Où que l'on soit, le regard se pose sur la cascade.”

 

Mettre en œuvre le naturel

Le bassin est réalisé sur une étanchéité EPDM protégée en dessous par un géotextile et un lit de sable. Les premiers rochers prennent appui sur des galets roulés. La membrane remonte largement derrière la cascade afin de supprimer tout risque de fuite. L'habillage demande ensuite un important travail de précision. “Il ne s'agit pas seulement de poser des rochers. Il faut distinguer ceux qui assurent la structure de ceux qui créent l’ambiance recherchée. Les blocs techniques supportent les efforts. Les rochers couverts de mousses, de lichens et de cavités créent l'illusion d'une source naturelle.” Une mousse spécifique fournit par Oase est utilisée sous l’eau, entre les blocs de roche, afin d'orienter les écoulements à la surface des pierres plutôt qu'entre elles, renforçant encore l'effet naturel.

L'entreprise a suivi une formation spécifique au collage des membranes EPDM. Une compétence devenue indispensable pour sécuriser l'étanchéité des bassins aux formes libres et intégrer les ouvrages hydrauliques sans risque de fuite.

Là où chaque détail compte

Le chantier, réalisé en un peu plus de deux mois avec une équipe de trois personnes en moyenne, bénéficie d'une faible coactivité. Une configuration qui laisse une grande liberté d'exécution au chef de chantier. L'arrosage est entièrement réalisé avec du matériel Rain Bird. Les réseaux sont systématiquement sablés, grillagés puis soigneusement contrôlés. Une demande du client, lui-même entrepreneur en travaux publics. La terrasse en ipé repose sur plots, eux-mêmes sur une dalle béton de faible épaisseur. “Je voulais éliminer tout risque de mouvement. Le client connait parfaitement les travaux publics. Je savais qu'il regarderait tous ces détails. La dalle nous garantissait une assise parfaitement stable et des pentes irréprochables.” Le bassin reçoit également une filtration indépendante de la cascade, cette dernière étant pilotable pour ajuster son débit tout en assurant une oxygénation optimale de l'eau. Un éclairage connecté vient compléter la mise en scène nocturne.


Trois circuits d’eau pour trois fonctions

Dans le bassin, Francis Lachand a fait le choix de dissocier la filtration, l'animation de l'eau et les éléments décoratifs. Deux filtres indépendants, alimentés par une pompe de 12 000 l/h, assurent le traitement de l'eau du bassin. La cascade, quant à elle, fonctionne grâce à une troisième pompe dédiée, ce qui évite de perturber le cycle de filtration lorsque le débit de la chute d'eau est modifié. Autre particularité : deux jarres implantées dans le bassin qui ne sont pas seulement décoratives. Elles sont directement alimentées par le circuit de filtration. L'eau remplit progressivement chaque poterie avant de déborder dans le bassin. Ce dispositif crée un brassage complémentaire tout en participant à l'oxygénation de l'eau. En amont, le chef de chantier a également abandonné l’idée d’une lame d'eau préfabriquée. Il lui a préféré une alimentation dissimulée derrière deux rochers naturels. L'eau monte en charge dans une cuvette maçonnée avant de ressortir directement sous les blocs, renforçant l'illusion d'une véritable résurgence. Une solution qui demande davantage de mise en œuvre, mais offre un rendu beaucoup plus naturel.

Autour du terrain de pétanque, les massifs ont été dessinés directement sur le chantier. Une liberté d'exécution qui adapte les ouvrages aux volumes du terrain et aux perspectives...

Une zone de pétanque intégrée au relief

Côté zone de jeu, pour éviter l'effet d'un ouvrage trop massif, l’équipe a choisi de fractionner les lignes des murets de soutènement en bois. Les interruptions créent des transparences et permettent aux plantations de venir progressivement coloniser les ouvrages minéraux. Le modelé du terrain participe également à cette intégration. Les déblais issus du terrassement du bassin sont réemployés pour accentuer les différences de niveaux autour de la rivière et accompagner naturellement les circulations jusqu'à la zone de pétanque. Ce travail sur les terrassements évite les ruptures franches tout en limitant les évacuations de matériaux hors chantier. Enfin, les formes définitives n'ont pas été figées sur plan. Comme souvent chez Sud Paysages by Meunier, le dessin a évolué directement sur le terrain. Côté stationnement, les jardinières, les raccordements des murets et leur implantation finale ont été ajustés au fur et à mesure du chantier afin de mieux s’accorder avec les volumes existants et les futures plantations.

Pour parfaire la composition végétale, l’entreprise a offert un palmier penché. Une pièce unique qui a ravi le propriétaire.
Le choix d'un circuit indépendant pour la cascade permet de dissocier les fonctions hydrauliques : la filtration fonctionne en continu tandis que le débit de la chute d'eau peut être modulé selon l'effet recherché.

La confiance donnée aux salariés passionnés

Entré dans l'entreprise il y a treize ans après une formation en travaux paysagers complétée par une expérience en travaux publics, Francis Lachand a progressivement gagné la confiance de ses dirigeants. Conducteur d'engins, chef d'équipe puis chef de chantier, il dispose aujourd'hui d'une grande autonomie sur les réalisations. “Nos plans donnent les grandes lignes, mais nos dirigeants nous laissent une vraie liberté de création. Si je décide qu'un rocher doit venir casser une perspective ou modifier la lecture d'un espace, c'est à moi de prendre cette décision sur le terrain.” Cette liberté s'appuie sur l’expérience et la confiance, notamment dans la réalisation des bassins. “Celui-ci est certainement le plus abouti que j'aie réalisé. Chaque chantier précédent m'a appris quelque chose : les risques de fuite, la filtration, les cascades, l'intégration des rochers. Aujourd'hui, je sais pourquoi je fais chaque choix technique. C'est le résultat de plusieurs années d'expérience.” Au-delà des ouvrages complexes, le chef de chantier rappelle enfin que la réussite d'un projet se joue aussi dans les finitions. “On peut réaliser les plus beaux enrochements du monde. Si une plante à 3 euros dépérit devant la porte d'entrée ou que les massifs ne sont pas parfaitement propres, le client ne retiendra que cela. Notre métier, c'est de soigner le chantier de A à Z.”