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Créer un aménagement en altitude

01/07/2026
Créer un aménagement  en altitude
Dans le Haut-Jura (39), à 1 200 mètres d’altitude, le paysagiste-pépiniériste Olivier François a transformé les abords d’une ancienne ferme rénovée en un jardin porté par une palette végétale haute en couleur. Son intervention s’appuie sur le réemploi d’anciennes cadettes, la création d’un escalier en traverses de chêne et une composition végétale adaptée aux conditions montagnardes.

Client de longue date du paysagiste, le propriétaire souhaitait aménager les extérieurs de sa résidence secondaire située à proximité de Lamoura. “Il connaissait déjà mon travail, notamment à travers d’autres jardins réalisés par mes soins sur ses propriétés”, introduit Olivier François, gérant de Pépinières d’altitude et Paysages. Cette fois, l’enjeu était de créer un espace privatif pour le client et son épouse (ce petit hameau comporte d’autres maisons lui appartenant, et dédiées à ses enfants), tout en conservant l’identité montagnarde du lieu.

Le paysagiste avait carte blanche sur ce projet côté palette végétale : “La seule requête de la cliente était d’avoir des végétaux colorés : floraisons, feuillages…”

De la couleur au cœur du paysage jurassien

L’ancienne ferme, associe éléments traditionnels et extension contemporaine plus épurée. Le jardin devait donc prolonger cette identité. “Il fallait respecter le caractère des lieux pour se fondre dans son environnement, tout en apportant une présence végétale combinée à des floraisons étalées toute l'année, et reprendre la terrasse extérieure mal exécutée. J’avais donc carte blanche à condition de respecter ces requêtes”, évoque le paysagiste.

 

Réemployer les cadettes

Avant l’intervention, les circulations et la terrasse étaient composées de cadettes, des pierres calcaires plates utilisées dans les granges et les étables jurassiennes. “Ce matériau avait un intérêt patrimonial évident, mais sa mise en œuvre initiale générait des problèmes techniques. Les pierres étaient jointoyées avec du béton, empêchant l’infiltration naturelle de l’eau”, dévoile-t-il. À 1 200 mètres d’altitude, cette problématique devient particulièrement importante. “Des poches d’eau stagnent. L’hiver, elles se transforment en glace. C’était dangereux non seulement pour les déplacements, mais aussi pour la pérennité de l’ouvrage”, explique-t-il. La solution a consisté à tout démonter pour conserver les pierres et modifier leur principe de pose.

La terrasse initiale était trop petite avec des joints béton empêchant l'infiltration de l’eau.

Accès contraint…

En raison des réseaux présents aux abords immédiats de la maison tout juste rénovée, l’utilisation d’une mini-pelle était impossible. “Tout s’est fait manuellement. Deux collaborateurs sont intervenus avec des perforateurs pour casser les joints bétons. Ils ont utilisé des sangles et diables pour déplacer les pierres.” Les quelques résidus de ciment encore présents sur les tranches des cadettes ont été retirés au burin. “Le client disposait d’un stock de pierres similaires que nous avons pu employer pour compléter l’aménagement. La surface des zones de circulations et de la terrasse est passée de 25 à environ 70 m2.” Le fond de forme est réalisé à 20 cm de profondeur, puis un lit de concassé 4/6 est étalé sur l’emprise des futures allées et terrasse. “Tout est nivelé avec une règle métallique et un niveau.” Les pierres mises de côté sont reposées en opus irrégulier avec des joints ouverts de trois à quatre centimètres et remplis de gravillons concassés 4/6. “Le rendu est naturel. L’eau peut s’écouler, puis s’infiltrer dans les parterres limitrophes”, indique le paysagiste.

L’escalier en traverses de chêne accompagne la pente naturelle du terrain et relie les différents niveaux de la propriété. En amont du projet, Olivier François a effectué ses relevés grâce à une station robotisée Spectra. Ces données lui ont permis de dessiner le projet sur SketchUp et l'ont aidé lors de l’implantation avec le niveau laser.

Un escalier en chêne taillé dans le duramen du bois

La topographie du terrain impose de travailler la liaison entre les différents niveaux de la propriété. Le mur de soutènement existant est conservé et complété par un escalier en traverses de chêne reliant la maison principale à une habitation située en contre-bas. “Nous avons commencé par implanter l’escalier par la marche la plus basse.” Elles sont ensuite réglées une à une à l’aide d’un niveau laser, en remontant la pente. “J’ai choisi des traverses dans le duramen du chêne, c’est-à-dire sans aubier, afin d’améliorer leur résistance dans le temps.” Le paysagiste a privilégié une fixation sans dispositif visible. “Les poutres sont percées à trois endroits, puis traversées par des barres de fer torsadées d’environ 18 mm de diamètre, enfoncées à la masse dans le bois.” Les barres sont suffisamment longues pour être ancrées profondément dans le sol et maintenir les marches en place. “Une fois installées, un géotextile de type Bidim est déroulé entre elles, puis nous avons rempli les girons avec de la pouzzolane. Son coloris rappelle la terre et s’intègre bien dans l’ambiance naturelle souhaitée”, détaille-t-il. Cette couche de 2 à 3 cm d’épaisseur apporte une finition minérale confortable à l’usage, tout en limitant la pousse des herbes spontanées.

Les anciennes cadettes en pierre ont été reposées en opus irrégulier sur un lit de concassé 4/6, tenant compte des niveaux des tampons de visite issus de la rénovation de la maison.

Principes de plantation

Côté plantation, pour structurer l’espace, Olivier François introduit un seul arbre. “Le Betula utilis apporte une touche de verticalité dans un environnement marqué par les lignes horizontales des murs de soutènement et de la toiture.” Autour de cet arbre, de l’escalier et sur le replat supérieur, en accompagnement de la terrasse, le paysagiste organise les plantations en différentes strates “La strate arbustive est complétée par une strate herbacée composée exclusivement de plantes vivaces. Le choix des végétaux tient compte du climat local.” L’entreprise possède une pépinière d’altitude spécialisée dans la production de végétaux adaptés aux conditions montagnardes. “Cela couvre environ 85 % de nos besoins pour les aménagements”, précise le gérant. Pour éviter que le jardin ne semble complètement vide en hiver, il applique un principe simple : “Un tiers de la strate arbustive est constitué de végétaux persistants.”

“Lors de la plantation, nous fertilisons le sol avec un engrais organique, homologué en agriculture biologique, surtout riche en phosphore et potasse, pour stimuler l'enracinement et nous amendons le sol avec un apport de compost. Puis nous paillons avec des copeaux d’épicéa (Picea abies) sur 7 à 8 cm d’épaisseur, c'est suffisant pour conserver la fraîcheur du sol et limiter le développement des adventices”, explique Olivier François.
La palette végétale associe les floraisons des vivaces aux feuillages colorés des arbustes. “Il faut toujours jouer entre les textures : avoir des feuilles épaisses, pleines ou plus fines. Les différents coloris de feuillages sont aussi un levier intéressant”, assure Olivier François.

Palette colorée au fil des saisons

La palette répond à la demande de couleurs formulée par la cliente. “J’ai travaillé par tâches colorées avec des rappels”, explique Olivier François. Sa sélection associe notamment Alchemilla mollis, Carex testacea, Heuchera ‘Chocolate Ruffles’ et Lupinus polyphyllus. Certains arbustes apportent une présence saisonnière supplémentaire, comme les Cornus alba ‘Aurea’, dont les rameaux deviennent rouge vif en hiver, ou les Erica × darleyensis ‘Kramer’s Rote’, capables de fleurir dès l’automne et au début du printemps. Une rotation de trois camions de 3,5 tonnes a été nécessaire pour l’approvisionnement du chantier. Depuis la fin des travaux, l’entreprise assure l’entretien de l’aménagement avec plusieurs interventions annuelles : sept à huit tontes différenciées et, suivant les conditions climatiques, du désherbage. Les joints en gravillons supposant quelques adventices, “celles-ci sont ôtées par désherbage thermique ou retrait manuel.” À l’automne, les vivaces sont préparées pour l’hiver avant l’arrivée de la neige. Des bulbes complètent également la composition. “L’objectif était d’avoir un équilibre entre maîtrise et spontanéité. Loin de la mosaïculture où tout doit être parfaitement net”, conclut Olivier François.


EN RESUMÉ


Demandes du client

• Créer un jardin fleuri et coloré
• Conserver l’identité naturelle du site
• Reprendre une terrasse existante
• Créer des circulations entre les différents niveaux

Contraintes

• Terrain en pente
• Climat montagnard à 1 200 m d’altitude
• Présence de neige plusieurs mois par an, de novembre à mi-avril
• Terrasse avec joints béton générant des stagnations d’eau
• Réseaux enterrés ne permettant pas l’accès avec une mini-pelle

Solutions

• Réemploi des pierres avec pose sur concassé drainant
• Création d’un escalier en traverses de chêne hors aubier
• Palette végétale adaptée au climat jurassien
• Plantations associant vivaces et arbustes, dont des persistants

FICHE TECHNIQUE


Projet

• Localisation : Haut-Jura
• Type de projet : aménagement d’un jardin de résidence secondaire
• Superficie terrasse + circulations en cadettes : environ 60 à 70 m²
• Superficie plantations : environ 100 m²

Réalisation

• Durée des travaux : trois semaines
• Équipe de trois collaborateurs

Palette végétale

Allium ‘Millenium’
Bergenia ‘Magic Giant’
Brunnera macrophylla ‘Jack Frost’
Carex testacea
Cornus alba
‘Aurea’
Coreopsis verticillata ‘Zagreb’
Cotoneaster dammeri ‘Major’
Erica × darleyensis ‘Kramer’s Rote’
Geranium ‘Rozanne’
Heuchera ‘Chocolate Ruffles’
Iris sibirica
Lavandula angustifolia
Leontopodium alpinum
Leucanthemum superbum ‘Becky’
Lupinus polyphyllus
Nepeta × faassenii
Persicaria amplexicaulis ‘Taurus’
Persicaria polymorpha
Physocarpus opulifolius ‘Diable d’Or’
Pinus mugo ‘Hesse’
Prunus laurocerasus ‘Otto Luyken’ et ‘Mount Vernon’
Rosiers paysagers
Rudbeckia fulgida
Sedum spectabile
Spiraea arguta
Spiraea japonica ‘Goldflame’

En bref

• Date de création : 2023
• Localisation : Jura (39)
• Dirigeant : Olivier François
• Effectif : jusqu’à 9 salariés en pleine saison