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Parc nourricier et citoyen en coeur de village

20/03/2026
Parc nourricier et citoyen en coeur de village
À Muttersholtz, la requalification du coeur de village transforme d’anciens espaces privés en un parc public vivant : le Parc des Synergies. Conçu par les agences Ici & Là et Digitalepaysage et réalisé par Giamberini, le projet s’appuie sur l’expertise d’un semencier local, un enjeu de frugalité et une forte mobilisation citoyenne.
 
 

FICHE TECHNIQUE


Maître d’ouvrage

Commune de Muttersholtz

Maître d’oeuvre

Ici & Là urbaniste mandataire, Digitalepaysage paysagiste concepteur, Studio Lada architecte, Artelia

Entreprise de paysage

Giamberini

Fournisseur semences

Nungesser Semences

Pépinières

Pépinières Jean Gissinger, Willaert Pépinière, Verver Export (bulbes)

Superficie

6 800 m2 d’espaces publics dont 200 m2 de halle

Budget travaux

600 000 euros pour les espaces publics

Dans ce village de 2 200 habitants et 200 cigognes du Grand Ried alsacien, l’atmosphère conserve la mémoire des divagations du Rhin avant sa canalisation. Imprégné de cet héritage de grand paysage sauvage, la Commune de Muttersholtz se distingue par ses engagements en faveur de l’environnement : territoire à énergie positive, première Maison de la Nature de France en 1967, Capitale de la biodiversité en 2017 et en 2025, fruit d’une mobilisation durable des élus et des habitants.
Traversé quotidiennement par les écoliers, le parc a été conçu comme un terrain d’aventure offrant une grande diversité d’usages : jouer, grimper ou encore accueillir des spectacles. Un enjeu d’autant plus important que, selon l’Institut national de veille sanitaire, quatre enfants sur dix âgés de 3 à 10 ans en France ne jouent jamais dehors pendant la semaine.

Créer un coeur de village

Entre 2008 et 2017, la commune a mené une réflexion globale sur son organisation urbaine. Le périmètre du projet, autrefois composé d’espaces privés, s’est progressivement ouvert au public à la suite d’acquisitions foncières stratégiques. Grâce à la création d’un maillage dense de cheminements, il constitue aujourd’hui un carrefour structurant entre l’école et plusieurs équipements municipaux, dont la synagogue réhabilitée en salle de spectacle Les Synergies et son extension accueillant une salle de sport polyvalente. “L’objectif était de concevoir un lieu convivial, sécurisé et préservé des flux automobiles, traversé quotidiennement par les écoliers de la commune. Il s’agissait également de desservir les bâtiments par des mobilités douces et d’accueillir un marché hebdomadaire vivant et attractif, ainsi que les différentes festivités organisées par la commune. L’intervention visait enfin à renforcer la trame verte et bleue du territoire”, introduit Agnès Daval, paysagiste conceptrice et gérante de l’agence Digitalepaysage. L’aménagement comprend un large parvis, une nouvelle halle de marché dessinée par l’agence Studio Lada et le jardin public des Synergies. “Un comité citoyen a contribué à l’élaboration du cahier des charges, ce qui nous a permis de proposer trois scénarios différents. Les élus, les habitants, les services techniques et les associations locales et expertes telles que la LPO et la Maison de la Nature ont ensuite retenu les points forts de chaque proposition, aboutissant à un projet final concerté”, complète-t-elle.

Un parc pensé comme un terrain d’aventures

L’un des objectifs majeurs du projet était de restaurer le cycle naturel de l’eau à l’échelle du site. Dans cette plaine d’Alsace particulièrement plane, le bureau d’études Artelia a travaillé la microtopographie en créant des pentes douces pour arroser naturellement les plantations et orienter les eaux pluviales vers des noues et des zones d’infiltration. Ce dispositif permet de déconnecter les bâtiments publics - et, à terme, les parcelles privées - du réseau, tout en valorisant l’eau de pluie. Les terres excavées lors du nivellement du parvis ont par ailleurs été réutilisées pour modeler le site, notamment pour créer une butte devenue aujourd’hui le point naturel le plus élevé de la commune. Le parc a été conçu comme un espace polyvalent et évolutif. Le mobilier sur mesure, dessiné par l’urbaniste mandataire, apporte une grande diversité d’usages : s’asseoir, manger, jouer, grimper ou accueillir des festivités. Le site comprend des gradins en grumes, un plateau scénique adossé à un arbre existant, une petite “gravière” traversée par un ponton, des mikados de bois formant un parcours d’équilibre naturel, une terrasse en galets sciés, un mur d’escalade au fond du jardin, des bancs en grumes et une pergola métallique destinée à être colonisée par des plantes grimpantes. “L’aménagement intègre également un volet citoyen avec des chantiers participatifs, notamment la construction d’un four à pain collectif en terre crue et de cabanes en saule”, complète Agnès Daval. L’ensemble compose un véritable terrain d’aventure ouvert et appropriable par tous.

En résumé

Enjeux
• créer une centralité attractive ;
• restaurer le cycle naturel de l’eau à l’échelle du site ;
• créer un îlot de fraîcheur en optimisant l’implantation des végétaux ;
• soutenir la biodiversité locale ;
• promouvoir la frugalité et le réemploi sur le projet.

Contraintes
• planéité du site ;
• limite les apports de ressources extérieures ;
• diversité des espèces végétales à trouver.

Solutions mises en oeuvre
• travailler la microtopographie du site pour orienter l’eau vers des zones d’infiltration ;
• planter les arbres dans des fosses de 5 à 8 m3, enrichies d’amendement organique ;
• s’aider de l’expertise de fournisseurs locaux (Nungesser sur le projet) ;
• planter la strate herbacée à partir de semis de variétés sauvages en mélange avec du sable, à la volée et sur un sol préparé à la herse rotative.

Un corridor écologique gourmand

La végétalisation du jardin contribue à créer un îlot de fraîcheur au coeur du bourg. “Au total, 60 arbres ont été plantés et 20 conservés, soit 80 arbres sur une parcelle de 4 525 m2. Parmi les essences choisies figurent notamment des Acer campestre, Carpinus betulus, Acer monspessulanum, Pinus…, plantés dans des fosses de 5 à 8 m3 et enrichies d’un amendement organique”, explique Bruno Gorisse, directeur d’exploitation de l’entreprise Giamberini, en charge des travaux. Agnès Daval poursuit : “La région du Sundgau est historiquement marquée par la présence de vergers au coeur des villages. Dans cette continuité, le verger existant a été enrichi pour devenir un jardin des comestibles.” Un tiers des arbres plantés est fruitier, complété par des arbustes et vivaces comestibles permettant aux habitants de glaner en toute sécurité. “Le reste de la palette répond aux besoins de la biodiversité locale, avec une végétation mellifère et nourricière offrant des habitats différenciés pour les oiseaux, les petits mammifères et l’entomofaune”, explique la conceptrice. Elle poursuit : “Nous avons développé une diversité de milieux et de palettes végétales associées. Des zones creusées accueillent une végétation de milieux humides, tandis que des sols maigres issus du réemploi de structures routières favorisent des plantes adaptées aux milieux secs et pauvres, propices notamment à l’entomofaune”. Au total, 211 arbustes et 2 600 vivaces couvre-sols et aromatiques ont été plantés. Des nids pour les cigognes dominent ce site vivant.
Le surplus de bois de la halle a été réemployé pour réaliser des potelets. Le parc perpétue également l’héritage des vergers du Sundgau : un tiers des arbres plantés est fruitier, complété par des arbustes et vivaces comestibles permettant aux habitants de glaner en toute sécurité.

Frugalité et réemploi comme principes directeurs

La végétation est issue de jeunes plants forestiers pour les haies, complétés par quelques plants en godets et des arbres de plus grande taille afin de structurer immédiatement le paysage. “Pour la strate herbacée, nous avons privilégié le semis, notamment grâce à l’expertise d’un fournisseur local, producteur de semences de fleurs et de graminées sauvages, Nungesser Semences. Ce choix s’inscrit aussi dans une démarche de frugalité et d’économie de ressources”, explique la conceptrice. Sept semis différents ont été utilisés pour s’adapter aux conditions pédoclimatiques du site. Les mélanges sont composés en majorité d’espèces labellisées Végétal local Nord-Est. Cette marque garantit la provenance locale et sauvage des espèces, ainsi qu’une traçabilité complète depuis le lieu de collecte en milieu naturel jusqu’aux semis sur chantier. “Pour la mise en place des semis, nous avons dû adapter nos méthodes, les trémies des engazonneuses étant calibrées pour des mélanges de gazon plus denses. Afin d’assurer une bonne répartition, les semences ont été mélangées à du sable puis semées à la volée, sur un sol préalablement préparé à la herse rotative et exempt de pierres. Après l’implantation, les espaces ont été laissés en libre évolution, avec un seul fauchage réalisé après la floraison”, explique le directeur d’exploitation. Le projet intègre également une forte dimension de réemploi. Le surplus de bois de la halle a été réutilisé pour réaliser potelets et palissades, les déchets verts ont été compostés sur place, les dalles de grès de l’ancienne synagogue servent de pas japonais, des piliers en grès récupérés auprès des habitants composent les gradins du théâtre de verdure et un ancien bassin a été réemployé pour alimenter la pompe à bras. “Un appel a été également lancé sur les réseaux sociaux afin de collecter des matériaux que les habitants souhaitaient céder et pouvant être valorisés dans l’aménagement”, précise-t-elle. “La réussite du projet tient en grande partie au travail mené main dans la main avec la maîtrise d’oeuvre, ce qui a permis au chantier de se dérouler dans de bonnes conditions”, souligne Bruno Gorisse. Soigné depuis par les agents de la Commune à travers une gestion différenciée et traversé chaque jour par les écoliers, ce jardin est devenu un véritable support pédagogique d’éducation à l’environnement. Il invite à observer, comprendre et expérimenter les équilibres du vivant, tout en offrant au village un coeur vivant, écologique et fédérateur. Le projet a d’ailleurs été distingué par le Prix d’a d’architectures 2025 et le Prix Envirobat Grand Est 2025, catégorie Aménagement.