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Quand le soleil dicte le projet

01/09/2026
Quand le soleil  dicte le projet

Dans cet espace piscine, entourée d’une terrasse obsolète, Matthieu Carla et son équipe (Les Jardins de Matthieu) ont transformé le jardin en une succession de lieux de vie, adaptés aux usages des clients, à la course du soleil et au territoire. Chaque choix technique de ce chantier, réalisé en quatre mois, consolide le parti pris du paysagiste.

Initialement, la problématique du projet paraissait simple : une plage de piscine en béton imprimé devenue glissante, des aménagements vieillissants et un propriétaire qui souhaitait profiter de son extérieur sans ‘griller’ au soleil. Mais pour Matthieu Carla, finaliste du Carré des Jardiniers 2023 et lauréat du Prix des étudiants, la problématique est ailleurs. “Le client cherchait quelque chose de beau, mais surtout un jardin qui change des classiques. Il n'avait pas d'idée précise. Il savait simplement qu'il ne voulait plus de cette dalle béton dangereuse pour ses petits-enfants”, introduit-il. Avant le moindre coup de pelle, l'entreprise engage un véritable travail de conception. Relevés du site, étude de l'ensoleillement, analyse des perspectives, compréhension du mode de vie des propriétaires... Le projet prend forme progressivement avant d'être présenté en modélisation 3D sous Lumion.

“J'aurais aimé travailler davantage avec des grimpantes, mais le client voulait un jardin facile d’entretien toute l'année. Alors nous avons choisi des voiles d’ombrage enroulables”, précise Matthieu Carla.
“La terrasse était glissante, la chaleur intenable en été, il fallait repenser toutes les circulations et les usages”, ajoute le paysagiste.

Faire du croquis une réalité

“Le dessin est important, mais ce n'est qu'un outil. On ne conçoit pas un jardin juste pour montrer sa beauté potentielle. En tant que paysagiste, nous le dessinons pour expliquer plus facilement la façon dont il pourra être vécu au quotidien, d’une point de vue pratique et sensible, en réponse aux besoins des clients”, poursuit le paysagiste. Une idée en appelant une autre, le premier projet dépasse le budget initial, trop ambitieux pour du client. Les échanges se poursuivent… “Il m'a dit : ‘Je peux mettre cette somme, mais psychologiquement je ne peux pas aller jusque-là.’ À partir de ce moment, il nous suffisait de retirer ce qui n'était pas indispensable. Les fontaines disparaissent, les pergolas métalliques laissent place à des voiles d'ombrage et la modification de la piscine est abandonnée. En revanche, toute la réflexion sur les usages est conservée.”


Penser un parcours

Grâce à son expérience, la façon d'habiter un jardin de Matthieu Carla a profondément évoluée : “Pendant des années, les paysagistes faisaient une terrasse devant la maison pour regarder le jardin comme un tableau. Aujourd'hui, ça ne fonctionne plus comme ça. L’espace extérieur doit donner envie de marcher, de lire, de changer d'endroit au fil de la journée pour l’habiter pleinement et s’intégrer dans un quotidien. Toute la conception s'est donc organisée autour de la course du soleil”, explique-t-il. Une terrasse bois attenante à la chambre accueillera le café du matin, une seconde profitera de l'ombre jusqu'au début d'après-midi. Côté patio à rénover, un espace cuisine extérieure deviendra naturellement le lieu des soirées, tandis qu'un futur aménagement sous les chênes prolongera encore cette promenade. “Chaque lieu correspond à un moment précis de la journée. L’objectif étant de suivre naturellement le soleil, mais aussi les habitudes des propriétaires. Ce sont ces usages qui dessinent le jardin.”

Précision : l'ensemble de l'éclairage paysager fonctionne en 12 V et est piloté, tout comme l'arrosage, par une gestion domotique MySolem.

Le chantier révèle toujours sa vérité

Sur le terrain, quatre à cinq mois entrecoupés, dus au phasage technique, seront nécessaires pour donner vie au projet. Selon les phases, deux à cinq compagnons se relayaient sur le chantier. La première difficulté était logistique, puisqu’aucun accès ne permettait aux engins d'atteindre directement le jardin.
Grâce à l'autorisation d'un voisin, une pelle de cinq tonnes, une mini-pelle de deux tonnes et un dumper pouvaient transiter par un champ voisin. La démolition peut commencer, mais très vite, l’équipe découvrent que les plages de piscine sont fortement ferraillées, solidaires du bassin. “On avait prévu certaines hypothèses, mais un chantier réserve toujours des surprises. À ce moment-là, il faut savoir abandonner son idée de départ. Nous avons choisi de conserver une partie de la dalle existante en circonférence du bassin, plutôt que de la détruire. C'était la décision la plus intelligente, techniquement et économiquement.”


Des ouvrages construits pour durer

Le phasage suit ensuite une logique de terrain : décaissement, implantation laser, plots béton, structures bois, réseaux, terrassement, maçonnerie, dallage puis plantations, arrosage et paillage. Les terrasses en bois illustrent parfaitement cette recherche de pérennité : “Après décaissement sur 30 cm, nous réalisons des plots béton réglés au laser avant de mettre en œuvre une double ossature croisée : une première structure en pin traité autoclave est mise de niveau, puis un second lambourdage en bois exotique supporte les lames en Itauba.
Beaucoup passent du temps à régler leurs plots plastiques et lambourdes. Nous préférons investir ce temps dans une structure lourde. On gagne en précision, en confort de pose et surtout en ventilation sous l’ouvrage. Une terrasse bois qui respire vieillit beaucoup mieux, et moins vite”
, détaille Matthieu Carla.

Sous le patio, le banc suspendu a été coulé en même temps que le mur en béton banché avant d'être habillé de bois. Cette solution permet d'obtenir une grande portée avec une faible épaisseur visuelle. Il ne restait plus qu’à couvrir l'assise de bois !
Dans les massifs, un paillage en galets roulé a été choisi pour faciliter l’entretien futur réalisé par le client, qui souhaitait pouvoir utiliser son souffleur régulièrement, sans emporter BRF ou copeaux de bois…

Travertin : l’art de la pose en courbe

Autour du bassin, le travertin représente sans doute la partie la plus délicate du chantier. Chaque dalle est présentée, découpée, poncée puis ajustée afin d'épouser parfaitement les courbes existantes du bassin, et celles de la dalle béton. “Nous avons travaillé le travertin dalle par dalle, en 3 cm d’épaisseur, commençant par la courbe intérieure de la piscine en positionnant et ponçant chaque dalle. Le double quart-de-rond extérieur est repris à la main, et les joints sont recalés en permanence.
C'est un travail très long, mais c'est lui qui donne cette impression de fluidité autour de la piscine. Cette matière se travaille bien, ce qui nous a permis de corriger les petits défauts et d'obtenir une courbe parfaite.”


Construire avec le territoire

S'il fallait résumer ce chantier en une idée, ce serait probablement celle-ci : faire avec le territoire plutôt que contre lui. Pierres du Tarn, ferronnerie artisanale et locale pour la clôture en fer forgé, pierres et graviers calcaires extraits à moins d'une heure du chantier, ganivelles en bois français, terre végétale réemployée et amendée sur place, végétaux adaptés au climat sec du piémont de la Montagne Noire... “Un jardin doit raconter l'endroit où il est construit, c’est d’ailleurs ce que je recherche dans notre métier. Si demain je travaille en Bretagne, je n'utiliserai pas les mêmes matériaux. Chaque région possède ses couleurs, sa lumière, son caractère. C'est cette identité qui fait la richesse d'un projet”, insiste Matthieu Carla, avant de conclure : “Les plantations associent oliviers, cyprès, sauges, lavandes, dasylirions, phlomis et érigérons afin de construire un paysage méditerranéen sobre, résilient et peu gourmand en eau. Au fond, ce chantier raconte surtout une manière de concevoir le métier. Un beau jardin n'est pas celui qui impressionne le premier jour, mais plutôt l’espace où les clients continuent à vivre dix ou vingt ans plus tard. Quand la technique disparaît derrière les usages, c'est que notre travail est abouti.”

Les pierres sèches du muret sont posées à sec, de façon traditionnelle afin de renforcer le caractère authentique de l'ouvrage et du jardin, tout en limitant l'emploi de liants. Un petit plus pour la biodiversité !

FICHE TECHNIQUE


Matériaux et équipements

• Terrasse bois : Les Bois du Midi
• Travertin : Chausson Matériaux
• Ganivelle : Vivre en bois
• Garde-corps en fer : ferronnier local
• Voile d’ombrage : Espace Ombrage
• Domotique arrosage : My Solem
• Éclairage 12 V : Lightpro
• Végétaux : Pépinières Beaujardin
• Pierre naturelle : carrière locale

Palette végétale

Plantes structurelles
Westringia
Lavandula
Rosmarinus officinalis
Phillyrea
Pistacia lentiscus
Cupressus sempervirens
Helichrysum italicum
Choisya ternata
Phlomis
Teucrium


Effet vaporeux et léger
Stipa tenuifolia
Muhlenbergia capillaris


Floraison abondante et/ou mellifère
Lavandula
Agapanthus africanus
Erigeron
Cistus
Verbena bonariensis
Caryopteris
Salvia microphylla


Couvre-sols et retombants
Erigeron
Muehlenbeckia


Plantes graphiques
Olea europaea (olivier)
Dasylirion longissimum