La commune de Tupin-et-Semons bénéficie d’une situation
géographique remarquable ; elle est aux portes du Parc
Naturel Régional du Pilat, entourée des vignes renommées
de Côte-Rôties et s ’inscrit dans un décor ‘ spectacle’ d e l a
Vallée du Rhône avec la chaîne des Alpes comme toile de fond.
La construction du belvédère s’inscrit dans la mise en oeuvre du
schéma touristique de Vienne Condrieu Agglomération désireux
de proposer un “aménagement ‘point de vue’ spectaculaire
et original dans sa conception permettant une mise en valeur
des paysages et la création d’un lieu d’accueil pour une offre
événementielle”. “Le contexte paysager initial consistait en
une impasse fonctionnelle en bitume desservant l’Église de la
Nativité-de-Notre-Dame, entourée d’une pelouse délaissée et de
quelques arbustes. La création du belvédère revalorise les abords
de ce lieu historique en le rendant accessible aux personnes à
mobilité réduite et en l’intégrant au grand paysage emblématique”,
explique Lionel Douard, paysagiste concepteur de l’Atelier Lionel
Douard Paysagiste.
Un site de haut vol
Le site comprenait de multiples contraintes pour les équipes de
conception et les entreprises de travaux. Patrimoniale d’abord,
avec la mise en valeur de l’Église de la Nativité-de-Notre-Dame
surmontée d’une vierge baroque de 2 mètres de haut classée aux monuments historiques, d’une ancienne cure adjacente et
des coteaux viticoles historiques. Géographique ensuite, avec la
présence très proche de la roche, un emplacement ‘rôti’ par le
soleil et exposé au vent. Environnementale, avec le choix d’une
palette végétale compatible avec les exigences de protection du
Parc Naturel Régional du Pilat. Techniques enfin, avec un linéaire
PMR à construire, la création d’un lieu d’accueil du public sur un
site exigu, contraint et difficile d’accès aux équipes de chantier.
“La conception s’est faite en étroite collaboration avec les équipes
du projet. La commande était un belvédère spectaculaire. Un
élément en porte-à-faux s’est présenté comme une évidence.
Nous avons beaucoup travaillé sur la forme en prenant plusieurs
hypothèses et nous sommes arrêtés sur l’arc de cercle, une
forme douce qui reprend les courbes de niveaux des coteaux
environnants”, expose Lionel Douard. Il complète “concernant la
promenade, en assemblant nos envies aux besoins d’accessibilité
du projet, une courbe en S s’est rapidement dessinée. Nous n’avons
néanmoins pas réussi à totalement intégrer le cheminement PMR
sur l’emprise du site, et avons donc rajouter un élévateur afin
de respecter les normes.” La forme du cheminement a permis
de créer deux jardins de part et d’autre du platelage bois, d’une
superficie totale de 150 m2. “La promenade devient finalement le
centre du projet et se termine par le belvédère panoramique en
encorbellement”, résume le paysagiste-concepteur.

La construction du site ‘spectacle’ a débuté dès la phase chantier, avec la livraison du belvédère par hélicoptère Super Puma.
Une promenade immersive
“Nous avons pensé ce projet comme une ligne dans le paysage
structurée selon trois grandes séquences”, explique Julien
Giammarchi, architecte associé de l’agence Collection Architectes.
Une première séquence le long du soubassement minéral du
village propose aux visiteurs un panorama dégagé sur la vallée
du Rhône. En suivant le ruban, le promeneur s’éloigne de la
vue ouverte pour pénétrer dans le jardin du belvédère. “Cette
séquence écarte les visiteurs du paysage pour les plonger dans
un très beau jardin. Nous l’avons imaginé comme une antichambre
qui prépare à la séquence finale du belvédère”, complète Julien
Giammarchi. Cette immersion végétale amplifie l’effet de ‘pas
dans le vide’ du belvédère ; les visiteurs se retrouvent ‘projetés’
dans la vue panoramique, suspendus dans le paysage, immergés
dans le territoire. Enfin, le ruban se termine sur la placette de
l’église qui constitue un espace de rassemblement. Elle intègre
un chêne liège en son centre et des assises pour accueillir de
prochaines festivités.
Lignes, matériaux et mobiliers
Dès la phase de concours, le bois a été choisi comme matériau principal avec l'intégration d'un ingénieur en structure bois au sein de l'équipe. L'ouvrage incurvé, entièrement sur-mesure, se distingue par sa structure en porte-à-faux cintrée sur les trois dimensions. Il est réalisé en structure bois sous tendue métallique grâce au savoir-faire de l’entreprise P yrénées Charpente. La structure utilise du douglas purgé d’aubier naturellement classé en catégorie d’emploi 3.2, tandis que le platelage est fabriqué en chêne. Les garde-corps métalliques, réalisés par l’entreprise Blanchet Serrurerie, sont composés de lames ajourées et utilisent les rayons du soleil pour projeter au sol des ombres portant des mots issus du vocabulaire viticole, tels que “ébrottage”,“vendanges” ou encore “rebrochage”. Le spectacle de ce site a débuté dès la phase chantier, marquée par la spectaculaire livraison du belvédère par un hélicoptère Super Puma. Le projet comprend de larges bancs invitant à la pause. Ils sont également sur-mesure et fabriqués avec le même bois que le platelage afin de créer une unité sur le site.“Concernant les luminaires, nous avons opté pour des produits miniatures afin de garantir une continuité et une uniformité sur tout le linéaire de platelage et respecter les valeurs d’éclairement demandées pour l’accessibilité PMR. Pour cela, nous avons intégré des microLEDs dans les chasses roues du platelage. Une lampe historique a bénéficié d’un “relamping”, c’est-à-dire d’une rénovation. C’est une ancienne lanterne à vapeur de sodium qu’il a été possible de transformer avec un module LED moins énergivore”, souligne Lionel Douard.
La question de l’eau
La demande initiale du concours demandait le traitement des
eaux à la parcelle. Le profil du site sur rocher affleurant ne
permet pas l’infiltration de l’eau en profondeur. L’eau ruissèle
et s’accumule le long du mur fragilisant la structure même de
cet ouvrage porteur. Le mur a fait l’objet d’une rénovation mais
l’infiltration des eaux de pluie du nouveau site allait reproduire
des désordres du passé. “La combinaison de la petitesse du jardin,
de la nature du sol et de la présence du mur de soutènement en
contre bas rend le traitement des eaux à la parcelle compliqué.
Il a donc été décidé de les canaliser dans le réseau existant
par caniveau et de les rejeter en contre bas”, explique Lionel
Douard. Un exemple de projet où l’infiltration à la parcelle des
eaux de ruissellement n’est pas possible. Néanmoins sur le site,
les surfaces imperméabilisées en enrobé ont été réduites grâce
à la création du jardin paysager et du cheminement perméable
en platelage bois.
Une palette végétale sobre
“La végétalisation était assez complexe, le site initial étant
refermé sur lui-même par plusieurs zones minérales exposées
plein sud. De plus, nous sommes sur un rocher affleurant et la
collectivité ne souhaitait pas d’arrosage”, explique le spécialiste.
Le choix des végétaux s’est donc orienté vers des plantes
méditerranéennes rustiques, particulièrement résistantes à
la chaleur l’été et au risque de gel l’hiver, telles que l’Achillea
clypeolata, le Buplerum fruticosum, la Coronilla emerus,
le Perovskia ‘Blue Spire’, le Phlomis fruticosa ou encore le
Teucrium fruticans ‘Azureum’. Concernant la palette d’arbres,
l’antichambre végétale comprend entre autres des Cupressus
Sempervirens ‘Stricta’ (Cyprès d’Italie), un Lagerstroemia indica
(Lila des Indes), un Carpinus orientalis (Charme d’Orient), un Acer
monspessulanum (Érable de Montpellier) et un Acer campestre
(Érable Champêtre), etc. “Comme nous avions moins de sol que
prévu, nous avons décidé de baisser la taille de plantation afin
de bénéficier de mottes plus petites et de faciliter la reprise”,
précise Lionel Douard. Enfin, la plantation des végétaux a été
décalée à l’automne 2024 d’un commun accord avec la commune
et la communauté d’agglomération afin d’optimiser la reprise des
végétaux.
Arbres et arbustes :
• Acer campestre (Erable Champêtre)
• Acer monspessulanum (Erable de Montpellier)
• Carpinus orientalis (Charme d’Orient)
• Crataegus monogyna (Aubépine)
• Lagerstroemia indica (Lilas des Indes)
• Cupressus sempervirens ‘Stricta’ (Cyprès d’Italie)
• Sambucus nigra (Sureau noir)
• Amelanchier ovalis (Amelanchier)
• Viburnum tinus (Laurier tin)
• Phyllyrea angustifolia (Filaire)
• Philadelphus coronarius (Seringat)
• Punica granatum ‘Provence’ (Grenadier)
• Viburnum tinus ‘Villa Noaille’ (Laurier tin)
• Rosa moschata ‘Nastarana’ (Rosier)
• Colutea arborescens (Baguenaudier)
• Pittosporum tobira ‘Nana’ (Pittosporum)
Vivaces et couvre-sols :
• Acanthus mollis (Acanthe)
• Achillea clypeolata (Achillée)
• Achillea filipendula (Achillée)
• Achillea millefolium ‘Heidi’ (Achillée)
• Buplerum fruticosum (Buplèvre ligneux)
• Centratus ruber (Valériane)
• Cistus monspeliensis (Ciste)
• Cistus x hybridus syn. Corbariensis (Ciste)
• Coronilla emerus (Coronille)
• Coronilla glauca (Coronille)
• Euphorbia characias subsp. wulfenii (Euphorbe)
• Euphorbia martinii (Euphorbe)
• Gaura lindheimeri (Gaura)
• Lavandula x intermedia ‘Grosso’ (Lavande)
• Perovskia ‘Blue Spire’ (Lavande d'Afghanistan)
• Phlomis chrysophylla (Sauge de Jérusalem)
• Phlomis fruticosa (Sauge de Jérusalem)
• Rosmarinus officinalis ‘Boule’ (Romarin)
• Rosmarinus officinalis ‘Sappho’ (Romarin)
• Teucrium fruticans ‘Azureum’ (Germandrée arbustive)
• Iris germanica sp. (Iris)