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Créteil, le quartier Mont-Mesly se réinvente

10/07/2026
Créteil, le quartier Mont-Mesly se réinvente
Soixante-dix ans après sa construction, le quartier du Haut de Mont-Mesly renaît en une ville-parc. L’aménagement des extérieurs, orchestré par l’agence Péna Paysages, redéfinit une charte paysagère développée autour d’une mosaïque résidentielle, de polarités urbaines remises en réseau et d’une forêt urbaine.
 
 

FICHE TECHNIQUE


Maître d’ouvrage

Créteil Habitat Semic

Maître d’oeuvre

Agence Péna Paysages (paysagistes concepteurs), Semaf (VRD), Diluvial (fontainerie)

Entreprises de paysage

Even et NBS

Fournitures

Espace Temps (fluides, thermiques, développement durable) ; Kompan (jeux), Alkern (pavés), Daniel Soupe (arbres/arbustes/couvre-sols)

Surface

35 ha

Réalisation

2022/2027

Coût

10 millions d’euros HT

Créteil, 1956 : de grands ensembles résidentiels sont inaugurés dans le quartier du Mont-Mesly en présence de son créateur, l’architecte Charles Gustave Stoskopf, lauréat du Grand Prix de Rome. Aux côtés d’immeubles de grandes hauteurs, concentrant des milliers de logements, se dresse un vaste paysage arboré, atténuant la dureté de l’architecture. “Déjà à l’époque, le quartier était pensé comme une ville-parc”, souffle Jean-Pierre Gueneau, directeur du service parcs et jardins à la Ville de Créteil. Au fil des décennies, de grands projets de rénovation urbaine se succèdent. Tous visent à développer les logements sociaux, à offrir une meilleure qualité de vie et à dynamiser l’activité du quartier. Dernier programme en date : la rénovation du Haut de Mont-Mesly (l’un des trois secteurs du quartier : Haut, Sud et Bas), engagée dans le cadre d’une opération Anru portée par Créteil Habitat et Grand Paris Sud Est Avenir. Objectifs ? Donner une architecture nouvelle au quartier (phases de démolition et de reconstruction d’immeubles) et réaménager les espaces extérieurs. Aux manettes du projet paysager : l’agence Péna Paysages, en étroite collaboration avec Pascale Germain, responsable de l’opération chez Créteil Habitat.
Au coeur des barres et angles droits des immeubles, la végétation s’épanouit comme un contrepoint vivant. Plus de 1 000 arbres ont été plantés sur tout le périmètre du quartier.

Axes de travail

Trois concepts ont guidé le travail des paysagistes concepteurs sur une emprise de 35 ha :
-la création d’une mosaïque résidentielle. “Elle définit des espaces semi-privatifs aux pieds des immeubles, sans cloisons ni barreaux, avec une grande liberté de circulation”, décrit Ghislain de Larouzière, paysagiste dplg et gérant de l’agence Péna Paysages ;
-la mise en réseau de polarités urbaines autrefois dispersées, “en réouvrant des perspectives et en définissant de nouveaux lieux d’usage. Cela passe par l’aménagement d’un parc ludique, de promenades, de jardins partagés, de places…”, précise-t-il ; -la création d’une forêt urbaine, “autrement dit une densité végétale qui vient en contre-point de l’architecture des immeubles et de leur horizontalité très marquée. C’est quasiment un rapport de force nécessaire qui adoucit l’ambiance générale.”
Les noues recueillent les eaux pluviales excédentaires et les conduisent vers des zones d’infiltration. Elles sont creusées avec une profondeur calibrée pour absorber des pluies décennales ou trentennales. Des plantations adaptées à l’humidité, comme saules et aulnes, stabilisent les sols et filtrent les eaux. Le tracé organique des noues, non linéaire, limite l’érosion et favorise la biodiversité locale.

Partout des arbres

Deux aménagements ont été réalisés simultanément. D’abord au sud de l’avenue du Dr Paul Casalis qui scinde le quartier en deux. Là, des terrassements et des mouvements de terre – directement inspirés des buttes plantées dans le quartier Sud – ont permis l’aménagement de parkings, de cheminements, de chaussées, d’un jardin associatif et d’un parc ludique. Ce dernier, ponctué de jeux traditionnels en bois signés Kompan, repose en partie sur des buttes de 2 à 3 m de haut, dont les pentes servent de soutien à des toboggans semi-tubulaires. “Ces buttes, insérées au milieu des immeubles, adoucissent l’architecture en angle droit des édifices”, commente Ghislain de Larouzière. Des plantations massives d’arbres accompagnent chaque espace. “On trouve nombre d’essences différentes, en particulier des arbres forestiers plantés en bouquets ou de manière isolée : chênes, érables, frênes… Peu de pins en revanche, comme c’était le cas dans les années 1960, afin de régler le problème de santé publique qu’engendrent les chenilles processionnaires. Quelques sujets ont toutefois été plantés dans des endroits dégagés, où la gestion de l’espèce envahissante devient plus simple (installation de colliers autour des troncs notamment)”, décrit le paysagiste dplg. Aux côtés de ces arbres tiges (force 20/25 au minimum) ou en cépée provenant des pépinières Daniel Soupe, se trouvent aussi des fruitiers et des espèces plus ornementales. “Le nom de chaque espèce d’arbre a été inscrit au pochoir sur les lattes des tuteurs quadripodes”, ajoute-t-il.
Une canopée enveloppe les cheminements, où la diversité d’essences et la densité des plantations recréent un sousbois urbain, offrant fraîcheur, ombre et une sensation d’évasion au coeur du quartier.

Gestion de l’eau

Au sol, deux dispositifs favorisent l’infiltration des eaux de pluie. Au niveau des espaces de stationnement, les paysagistes concepteurs ont priorisé la mise en œuvre de revêtements drainants. Par exemple, les entreprises de paysage Even et NBS, à qui ont été confiés les travaux dans le secteur Sud de l’avenue du Dr Paul Casalis, ont installé des pavés poreux à base de coquillages (une solution du fabricant Alkern) sur une sous-couche drainante. De leur côté, en contre-bas des parkings, des noues paysagères d’une quarantaine de centimètres de profondeur accueillent les eaux de pluie excédentaires. “Leur dessin n’est pas très formel, mais plutôt organique pour, encore une fois, rompre avec les angles du bâti environnant et ne pas être assimilées à des fossés”, souligne Ghislain de Larouzière. Ponctués de végétaux appréciant l’humidité (saules, aulnes…), souvent recouverts de gazon, les noues et les jardins de pluie reposent sur un sous-sol moyennement filtrant. “Classiquement,des calculs d’occurrences de pluie décennales ou trentennales, aboutissant à tant d’eau par mètre carré, ont permis de calibrer ces espaces. Mais d’une manière générale, tous les jardins de pluie, les noues et même un bassin de rétention proche du ‘petit bois’ ont été surcalibrés pour absorber n’importe quelle pluie”, explique le paysagiste dplg. Autre solution retenue : tous les cheminements, sillonnant la ville-parc, ont été recouverts de stabilisé et bordés par des voliges. “Ce matériau drainant reflète bien l’esprit d’un parc”, note-t-il.

Ville de Créteil (94)
Comment absorber des espaces d’entretien supplémentaires ?


À chaque nouvel aménagement, aussi pertinent soit-il, la question de l’entretien se pose : demandera-t-il des moyens humains et financiers supplémentaires ? Oui et non, répond Jean-Pierre Gueneau, directeur du service parcs et jardins à la Ville de Créteil, à propos du nouveau quartier du Haut de Mont-Mesly. “Oui parce qu’il faudra forcément des agents supplémentaires étant donné la présence d’un millier d’arbres en plus, de nouvelles strates arbustives, de vivaces et de nouveaux équipements à l’entretien spécifique – je pense aux noues. Et non parce que nous pouvons jouer sur des vacances de postes et des mobilités internes.” Explications. L’entretien des espaces verts de la Ville de Créteil est déconcentré en 18 secteurs d’intervention (dont celui de Mont-Mesly), chaque secteur étant attribué à 7 ou 8 agents. “A minima, pour l’ensemble du nouveau quartier de Mont-Mesly, il faudra deux agents de plus. Avec beaucoup d’agilité managériale, nous pouvons très bien imaginer des opérations intersecteurs. Je crois également qu’il ne faut pas se fier à tant de m² par agent, mais regarder davantage les besoins de chaque végétal, la qualité attendue… Cela nécessite, dans notre cas, une refonte de notre gestion différenciée. Deux ou trois codes différents définiront l’entretien du nouveau quartier de Mont-Mesly pour ajuster finement les pratiques à réaliser”, explique-t-il. À ce jour, l’entretien des espaces verts est assuré par l’entreprise Even dans le cadre du CCTG. “Nous avons seulement récupéré la propreté des lieux. Nous n’avons pas engagé de moyens et d’agents supplémentaires car nos équipes sont déjà déchargées des parties horticoles à travers le CCTG. Quelques spots sont encore délicats, car des déchets sont jetés par les fenêtres. Mais je suis optimiste : la beauté des lieux incitera à davantage de respect”, termine-t-il.

Pieds d’immeubles fleuris

Le projet paysager s’étend au Nord de l’avenue du Docteur Paul Casalis en tenant compte d’une mutation radicale du contexte architectural dans ce secteur : “La trame urbaine comme la voirie ont été totalement transformées. Des barres d’immeubles ont été démolies en faveur d’édifices à taille humaine. Ce nouveau quartier s’organise autour d’une placette habitée d’une fontaine en pierre, imaginée avec le bureau d’étude Diluvial, et d’un petit bois que nous avons replanté”,décrit Ghislain de Larouzière. Aux pieds des immeubles, et cela est valable du Nord au Sud, tout un cortège de plantes arbustives et fleuries est présent. La palette végétale des lots privés en construction a été établie en cohérence avec le contexte paysager : essences fruitières côté rue, essences forestières côté parc. “Les plantations mettent à distance les passants des fenêtres et des rez-de-chaussée”, précise-t-il. Un réseau de noues ainsi que la mise en place de revêtements de sols poreux assurent le respect des prescriptions de la Loi sur l’eau pour ce nouveau quartier. Au-delà de la transformation physique, le réaménagement du Haut de Mont-Mesly à Créteil interroge la capacité du paysage à requalifier en profondeur les grands ensembles. En mobilisant des outils à la fois écologiques, spatiaux et sociaux, l’intervention de l’Agence Péna Paysages esquisse un modèle de ‘ville-parc’ renouvelé, où la densité végétale, la gestion intégrée de l’eau et la diversification des usages cherchent à recomposer un cadre de vie plus apaisé. Reste à observer, dans le temps long, comment ces dispositifs seront appropriés par les habitants et entretenus, condition essentielle pour que cette ambition paysagère dépasse le stade du projet et s’inscrive durablement dans les pratiques quotidiennes.