fr
fr en

Connexion
Inscription

Récapitulatif

Votre panier est vide :-(
AccueilDu privé au public, acupuncture urbaine pour l’îlot de la Salamandre

Du privé au public, acupuncture urbaine pour l’îlot de la Salamandre

27/03/2025
Du privé au public, acupuncture urbaine pour l’îlot de la Salamandre
Améliorer la qualité de vie des habitants et usagers, tisser un lien fort mais subtil entre espaces privés et publics, créer une 5e façade végétale profitant à tout le quartier… voilà comment résumer le projet pensé par l’agence Poola, paysagistes-concepteurs, pour répondre à la requalification des espaces extérieurs des trois bâtiments du groupe La Salamandre, en parallèle de l’amélioration de ses performances thermiques. Une nouvelle respiration dans le quartier Saint-Blaise à Paris, l’un des plus denses d’Europe.
 
 

FICHE TECHNIQUE


Maître d’ouvrage

Paris Habitat

Maîtrise d’oeuvre

Frédéric Bernard Architectures, architectes mandataires ; PoOla, paysagistes-concepteurs ; ETB Antonelli, bureau d’études techniques ; BCD Eco, économiste de la construction

Entreprises de travaux

GTM, entreprise générale ; Loobuyck, espaces verts

Fournitures végétaux

Pépinières du plateau de Versailles ; Pépinière Travers

Fournitures modules béton préfabriqués

Chapsol

Réalisation pergolas / abris-vélo

Concept Steel

Superficie

cours et jardinières sur rue - 1479 m2, toiture végétalisée - 1 775 m², mur végétalisé - 3580m²

Dates du projet

phase étude : 2015 - 2019 ; livraison : 2022

Budget

11,5 millions d'euros HT dont 4 295 500 euros HT pour les espaces extérieurs et l’amélioration de la qualité de service

Pour Cédric Paumier, associé de l’agence Poola aux côtés de Marta Guillo Castells, qui ont tous deux œuvré sur l’opération, “un intérêt du travail engagé sur ce projet porte sur une approche urbaine et non pas seulement architecturale et paysagère”. En effet, si le programme initial de Paris Habitat, maîtrise d’ouvrage dans le cadre de son ‘Plan Climat’, était d’améliorer les performances thermiques de trois ensembles immobiliers (soit 208 logements, répartis sur 4 à 6 étages) et de requalifier leurs espaces extérieurs, l'équipe de maîtrise d'œuvre s’est inscrite dans une vision plus large pour valoriser un contexte urbain complexe. “Le quartier Saint-Blaise, situé dans le 20e arrondissement de Paris est l’un des plus denses d’Europe, avec une morphologie urbaine très hétéroclite, où des tissus de faubourg côtoient de grands ensembles, dont celui du groupe La Salamandre. Le quartier est également marqué par un important déficit en espaces verts, avec un ratio de m2 d’espaces verts par habitant très faible. L'opération a eu un effet d’acupuncture urbaine permettant d'affirmer plus fortement la dimension paysagère du square de la Salamandre et la présence de la nature dans le quartier” précise l’agence Poola, habituée des projets de renouvellement urbain et d’agriculture urbaine.
Dans l’un des quartiers les plus denses d’Europe, l’opération de réaménagement des cours intérieures et des toitures des bâtiments de Paris Habitat a profité au cadre de vie global de l’îlot bâti par la plantation des pieds de façades et la désimperméabilisation des surfaces, principes déclinés sur l’espace public connexe par la Ville de Paris.
Autour du square de la Salamandre déclôturé, l’enrobé existant a été remplacé, comme dans les ruelles mitoyennes, par des pavés à joints drainants, effaçant ainsi l’ancien caractère routier des abords du square. Des portails en bois à clairevoie signalent les porches des bâtiments, apportant une qualité spatiale mais aussi sonore.

Etirer le projet privé vers le public

De l’aménagement des cours intérieures de l’ensemble bâti prévu initialement dans le programme, les paysagistes-concepteurs se sont vite intéressés aux espaces publics bordant l’ensemble de logements. “Le square de la Salamandre, entouré de clôtures, et les ruelles au caractère minéral le desservant, semi-piétonnière, étaient loin d’être libérés de la voiture, avec du stationnement sauvage ici et là. Il y avait donc une belle opportunité pour changer complètement l’ambiance du lieu. En s’appuyant sur les percées visuelles des ruelles, l’idée était ainsi d’étirer les espaces plantés aux principaux axes adjacents, la rue commerçante de Saint-Blaise et la rue de Vitruve, afin d'y rendre le square perceptible, et conforter un cadre de vie verdoyant pour les habitants et usagers” ajoute Cédric Paumier. Cette intuition s’est avérée être en phase avec l’étude de stratégie urbaine menée par l’agence BRS, dans le cadre du GPRU (Grand Programme Renouvellement Urbain) Saint-Blaise. Les orientations données ? Connecter et végétaliser les cœurs d’îlots bâtis afin de développer une continuité verte structurante, support de mobilités douces, et affirmer la rue Saint-Blaise comme axe vivant et commercial. C’est pourquoi le projet pensé par la maîtrise d’œuvre pluridisciplinaire, orchestré par Frédéric Bernard Architectures, mandataire du groupement, a également proposé la reprogrammation des rez-de-chaussée, avec l’installation de locaux pour l’artisanat.
Tout a été pensé pour offrir une nouvelle vocation sociale et nourricière aux toitures, qui peuvent accueillir jusqu’à 19 personnes. Serres, structure de protection anti-oiseaux et abri de stockage de matériel ont fait l'objet d'une extension en toiture, accessible via le prolongement d’un escalier existant sur un étage.

Planter les pieds de façades

Afin de générer un rapport qualitatif entre les rez-de-chaussée des immeubles et les rues intérieures en intimisant les logements, le groupement de maîtrise d’œuvre et Paris Habitat ont négocié avec la Ville de Paris pour la rétrocession d’une partie de l’espace public à l’ensemble privé.“Le long des rues Roger Bissière et Paul-Jean Toulet, ainsi qu’autour du square de la Salamandre, nous avons récupéré une bande d’1 à 2 m de large qui nous a permis de végétaliser les façades et leurs pieds, étendant dans le même temps les limites du square public jusqu’aux rues délimitant l’îlot” ajoute le paysagiste-concepteur. Arbustes bas et compacts et plantes grimpantes ont ainsi pris place au pied des bâtiments du groupe La Salamandre. La mairie de Paris en a profité pour appliquer ce principe à l’autre pied de mur des rues concernées, sur une bande d’environ 4 m de large, étendant encore davantage ce paysage de jardin public. Un travail sur les grimpantes a ainsi été mené, avec l’idée d’avoir une bonne représentation d’espèces caduques pour favoriser le repérage saisonnier, “car les urbains peuvent souffrir de ce manque de saisonnalité”. Autre critère de choix : jouer sur les hauteurs pour s’adapter aux détails des architectures post-modernes assez complexes : au niveau des fenêtres en rez-de-chaussée, des plantes plutôt basses et volubiles, comme les chèvrefeuilles ou clématites, ont été installées sur des câbles inox pour garder les pieds de fenêtre dégagés. Au contraire, sur de grands pignons aveugles, des espèces atteignant 10 m de haut ont été plantées. Enfin, des plantes au port retombant ont également pris place dans de grandes balconnières existantes, situées sur les terrasses des logements en étages élevés, terminant de couvrir de façon astucieuse toute la hauteur de façade. En discussion avec Paris Habitat, ont été sorties d’office les espèces au système aérien trop exubérant ou agressif, telles que les renouées d’Aubert ou les glycines. Au total, 250 mlde façades ont ainsi été plantés.

Planter sur dalle

Aux façades végétalisées, s’ajoute un travail minutieux sur deux cours intérieures et un patio. La cour nord (508 m2) présente des contraintes multiples : installée sur une dalle avec la présence de parkings souterrains, elle doit également permettre le passage des secours depuis l’angle des rues Vitruve et Saint-Blaise (dégagement de 180 cm de l’espace pour giration des échelles pompiers…). La réponse de l’agence Poola ? Un travail sur la microtopographie, “afin de se raccrocher aux points durs de la cour (seuils, échelles de secours…) tout en offrant une accessibilité universelle et une ambiance jardinée. L’enrobé noir existant, remplacé par un enrobé gris clair installé sur une base allégée,offre un sol qualitatif. Des jardinières ont été placées devant les fenêtres des logements du rez-de-chaussée afin de leur offrir davantage d’intimité et des espaces privatifs” précise Cédric Paumier. D’une hauteur variant de 60 cm à 90 cm, remplies d’un substrat allégé, ces jardinières accueillent des arbustes à petit développement (Fothergila gardenii, bois-joli odorant...) adaptés aux contraintes spatiales, afin de n’avoir pas à être taillés. Au centre de la cour, des îlots végétalisés dissimulent un abri vélo, surmonté d’une pergola offerte à des plantes grimpantes (chèvrefeuilles, clématites). Quant à la strate arborée, celle-ci est forcément limitée au vu des contraintes. A la place, quelques grands arbustes, tel qu’un Magnolia stellata marquant l’entrée dans la cour, offrent verticalité et repère. Au-delà de répondre à des besoins fonctionnels (gestion des vis-à-vis, besoins en ressources limités), la palette végétale tend à stimuler les cinq sens pour améliorer autant les services que la qualité spatiale de la cour.
Un travail sur les grimpantes a été mené, en lien avec des pépinières spécialisées, pour installer une trentaine de variétés adaptées aux différentes expositions et déclinant des couleurs chaudes pour animer les lieux : Akebia quinata, Aristolochia macrophylla, Clematis ‘The President’, Hydrangea petiolaris, Lonicera ‘Caprilia Ever’, Rosa banksiae ‘Alba Plena’…

S’adapter aux singularités des bâtiments

Dans la seconde cour réaménagée (62O m2), la configuration était totalement différente, les bâtiments n’ayant pas été réalisés par les mêmes architectes : une partie seulement est sur dalle. “Nous avons pris le parti d’inverser le fonctionnement existant, en éloignant les circulations des bâtiments pour planter les pieds de façades parfois en pleine terre, toujours dans l’optique d’intimiser les logements. Les surfaces piétonnes sont constituées de dalles posées sur plots, offrant un niveau de circulation constant entre la cour, le hall et le square. Certains des murets préfabriqués, qui opèrent les différences de niveau entre dalles sur plots et la terre des jardinières, constituent des assises offrant aux habitants un cadre propice à des moments de vie partagés” décrit l’agence Poola. Au sud de la cour, les espaces enherbés ont été restitués pour permettre aux habitants de s’allonger dans l’herbe. Cherchant à étirer et à gommer les limites entre espaces privés et publics, le calepinage de la cour intérieure a été amené sous forme de pavés jusque dans le square, au niveau des porches désormais signalés par des portails bois à clairevoie. Ce travail fin mené entre espaces privés et publics a, une fois de plus, orienté l’aménagement de l’espace public. Auparavant clôturé, le square a été rénové et ouvert par la Ville de Paris, offrant désormais une aire de jeux et un city-stade aux jeunes.

Végétaliser et jardiner les toitures

Dernier défi mené par la maîtrise d’œuvre : végétaliser des toitures existantes dont la structure n’avait été originellement pas conçue pour supporter une telle surcharge. “Avec les ingénieurs structure, nous avons affiné l’étude des toitures pour aller au-delà d’une végétalisation extensive, sans surcoût ni renfort structurel. Nous avons ainsi exploité les murs de refend (1 m de part et d’autre) pour installer des bacs de végétalisation intensive, plus permissive pour l'exploitant. Les circulations ont, quant à elles, été placées au niveau des relevés d’étanchéité pour faciliter la maintenance” explique Cédric Paumier. Grâce à cette optimisation de la structure des bâtiments, les toitures qui n'étaient pas végétalisées sont maintenant cultivées par l'association Veni Verdi qui peut accueillir jusqu’à 19 personnes. Cette dernière, qui gère plusieurs autres toitures dans le 20e arrondissement, cultive ce nouveau lieu, désormais appelé la ferme de la Salamandre, avec les habitants du quartier. Pour Cédric Paumier, “la notion de 5e façade prend ici tout son sens. Les abords des bâtiments et du square, mais aussi les toitures végétalisées et cultivées constituent désormais le paysage du quartier, des tours d’habitation beaucoup plus hautes profitant des vues sur ces jardins aériens. De plus, l’ambiance, notamment sonore, est vraiment apaisée grâce à la présence végétale renforcée. Enfin, l’appropriation positive du site est sans conteste le témoin d’un impact fort des projets conjoints”. Voilà un projet qui résume bien l’action du métier de paysagiste-concepteur : croiser et répondre à tous les enjeux, dans une vision globale, au service de la qualité de vie des habitants et des usagers.