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Les accotements, des espaces à forts impacts

10/07/2026
Les accotements, des espaces à forts impacts
Depuis 2007, la Dordogne fait figure de précurseur dans la gestion des dépendances vertes routières. Forte de résultats éprouvés et de bénéfices mesurés, elle accompagne aujourd’hui les communes afin de révéler tout le potentiel de ces espaces, au service du paysage, de la biodiversité et de l’attractivité touristique.


FICHE TECHNIQUE


Enjeux

- Concilier sécurité routière et enjeux environnementaux
- Optimiser les coûts d'entretien
-  Renforcer l'attractivité du territoire

Défis

- Faire évoluer les pratiques et les habitudes de travail

Solutions

- Investir dans les compétences des équipes et des équipements adaptés.
- Déployer une gestion différenciée des dépendances routières.
- Replacer l'arbre et le végétal au cœur de l'aménagement.
- Diffuser les retours d'expérience et accompagner les collectivités

Bien avant que les enjeux de sobriété énergétique, de biodiversité et de réduction des produits phytosanitaires ne deviennent des priorités nationales, le Département de la Dorgogne a engagé une transformation profonde de ses pratiques d’entretien sur les 5 000 kilomètres de routes départementales. À l’origine de cette (r)évolution, un constat : les pratiques classiques d’entretien (fauchage intensif, interventions systématiques, usage d’herbicides) présentaient de nombreuses contraintes. “Elles mobilisaient des moyens humains importants avec des interventions chronophages et une consommation associée de ressources (carburant, matériel, produits). Pour donner un ordre de grandeur, l’intervention d’une machine sur 5 000 km de route représente entre 350 000 et 400 000 euros. L’optimisation des interventions représentait donc un enjeu économique majeur”, introduit Thierry Charmarty, directeur adjoint du pôle Paysage et Espaces verts. Mais l’enjeu était aussi sécuritaire : cette gestion occasionnait une présence accrue des agents en bord de route, les exposant davantage au trafic. “Enfin, nous ne mesurions pas forcément l’impact au début, mais cela représente tout de même 4 500 hectares de dépendances vertes routières. C’est considérable, compte tenu de tous les services écosystémiques (limiter l’érosion, infiltrer les eaux pluviales, protéger les zones refuges…) qu’elles peuvent rendre dès lors que les dynamiques naturelles sont favorisées”, poursuit le directeur.
Des relevés effectués sur plusieurs sites attestent d'écarts significatifs de température de surface selon la nature des revêtements et la gestion de la végétation, comme sur la RD423 : 46 °C sur l'enrobé, 34,4 °C sur l'accotement fauché (h=8cm) et 29,8 °C sur le talus non fauché.

Intervenir uniquement lorsque cela est nécessaire

Le Département a engagé un vaste chantier de réflexion collective. Les 300 agents intervenant sur le réseau routier ont été associés à la démarche à travers des groupes de travail, des formations et un travail de conduite du changement afin de faire évoluer les techniques d’entretien et de construire une nouvelle culture de gestion. Une importante campagne de communication a également été menée auprès du grand public et des élus. Là où l’entretien était auparavant quasi permanent, la méthode se résume aujourd’hui à : “Faucher autant que nécessaire, mais aussi peu que possible.” Les interventions sont déclenchées lorsque la hauteur d’herbe atteint 40 centimètres. Au printemps, le fauchage est réalisé sur une seule largeur de machine, avec une hauteur de coupe réglée entre 10 et 15 centimètres. “Entre le nord et le sud du département, les conditions pédoclimatiques sont différentes, ce qui influe sur la vitesse de pousse des végétaux et entraîne des fréquences d’intervention variables”, explique-t-il. L’évolution des pratiques s’inscrit également dans une stratégie de prévention des incendies : “Le débroussaillage est organisé à partir de la mi-août et jusqu’à la mi-mars. Les accotements et les fossés sont entretenus, tandis que les premiers talus font l’objet d’une gestion différenciée selon les paysages traversés, ouverts ou boisés, afin de préserver la continuité et la cohérence visuelle du territoire.”
Les interventions de fauchage sont désormais déclenchées lorsque l’herbe atteint 40 cm, laissant aux plantes le temps de monter en graines et de se ressemer naturellement.

Favoriser les plantes à fleurs plutôt que les graminées

Le changement des techniques d’entretien a naturellement modifié la composition végétale des accotements. “Les graminées, qui apprécient les coupes rases et fréquentes favorables au tallage, ont progressivement laissé place aux plantes à fleurs issues de la banque de graines présente dans le sol. Pour deux raisons : les interventions plus espacées leur laissent le temps de monter en graines et de se ressemer naturellement durant l’été. Par ailleurs, faucher les graminées au stade d’épiaison fatigue la plante, qui repousse ensuite plus lentement”, explique Thierry Charmarty. Selon les relevés botaniques réalisés par le Département, certains secteurs sont passés d’environ 80 % de graminées à seulement 30 %, au profit d’une augmentation significative des plantes à fleurs. Cette évolution produit plusieurs effets vertueux. Ces espaces deviennent des garde-manger pour de nombreuses espèces animales. Cela réduit également les volumes de végétaux à évacuer. “Les graminées génèrent d’importantes quantités de matière qui, si elles ne sont pas évacuées, finissent dans les fossés et les ouvrages hydrauliques, les obstruent et nécessitent des interventions supplémentaires.” Elle permet enfin de diminuer les passages d’entretien - les plantes à fleurs étant généralement moins hautes - ainsi que l’usure du matériel et la consommation de carburant.
“Ce changement de pratiques doit s’accompagner d’un important travail de communication, pour éviter que les habitants et les communes aient le sentiment que le Département n’entretient plus les espaces”, explique Thierry Chamarty.

L’arbre et le végétal au cœur de l’action publique

Les infrastructures routières constituent aujourd’hui des espaces particulièrement vulnérables aux phénomènes de surchauffe estivale. La forte minéralisation des sols, la faible couverture végétale et l’artificialisation croissante des milieux accentuent ces effets, avec des conséquences directes sur la santé des populations, le confort des usagers, la biodiversité et la résilience des territoires. Dans ce contexte, le Département de la Dordogne a engagé depuis plusieurs années une politique d’“excellence environnementale” visant à replacer l’arbre et le végétal au cœur de l’aménagement. Véritables climatiseurs naturels, ils remplissent des fonctions essentielles: régulation thermique par l’ombrage et l’évapotranspiration, amélioration de l’infiltration des eaux pluviales, limitation du ruissellement, stockage du carbone, amélioration de la qualité de l’air et renforcement des continuités écologiques. Parallèlement, l’évolution des pratiques d’entretien - notamment la réduction du nombre de fauchages - dégage du temps pour renforcer d’autres missions stratégiques: entretien des lisières, gestion sans herbicides et ensemencement des dépendances routières. À l’occasion des travaux et aménagements, le Département privilégie ainsi la restauration des accotements à partir de variétés locales. Les équipes utilisent notamment un hydroseeder pour la projection hydraulique de mélanges végétaux adaptés, favorisant un réengazonnement rapide tout en limitant le développement des espèces invasives. Au total, 47,462 hectares seront réengazonnés entre 2021 et 2027.

Cérémonie des prix départementaux

La 5e édition de Jardins et Paysages, organisée par le Pôle Paysage et Espaces Verts du Département de la Dordogne en partenariat avec l’UNEP, s’est tenue au Domaine de Campagne. Germinal Peiro, Président du Conseil Départemental, a ouvert un cycle de conférences sur le thème “Villes et Villages Fleuris : accompagner les collectivités vers un cadre de vie harmonieux et durable”. Cette journée accueillait également la remise des prix départementaux Villes et Villages Fleuris. Au total, 10 communes et 3 communautés de communes ont été récompensées pour la qualité d'une démarche remarquable sur leur territoire. Par ailleurs, dix balades et randonnées autour des communes labellisées Villes et Villages Fleuris ont également été distinguées.
Le Département mène une politique d'“excellence environnementale” visant à redonner toute sa place à l'arbre le long des routes. D'ici 2027, 786 arbres d'alignement supplémentaires seront plantés, venant compléter les 10 000 arbres déjà présents.

Une expertise éprouvée à adapter à d’autres échelles

“L’objectif est désormais de présenter nos méthodes de gestion différenciée à l’ensemble des communautés de communes du territoire afin qu’elles puissent s’en inspirer et les adapter à leurs spécificités. Nous proposons également un accompagnement aux collectivités intéressées”, explique-t-il. Au-delà des économies générées et des bénéfices écologiques, la Dordogne revendique également une dimension paysagère et touristique dans la gestion de ses accotements. Département réputé pour ses 1 001 châteaux, le territoire considère son réseau routier comme une composante essentielle de son identité. Routes sinueuses bordées de 10 000 arbres d’alignement, avec ses vallées et ses rivières traversées par plus de 1 000 ponts : “le patrimoine et les paysages se découvrent d’abord depuis la route”, rappelle le directeur adjoint. Et de conclure : “L’entretien des accotements devient ainsi un véritable outil de valorisation et de communication dont peuvent s’emparer les communes pour la promotion de leur territoire.”