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Un parc rhizome

17/07/2026
Un parc rhizome
Sur une ancienne friche industrielle, le parc Saint-Jean accompagne la transformation du quartier du même nom à Clermont-Ferrand. Conçu en concertation avec les usagers et en s'appuyant sur les qualités du site existant, il fait de la nature une infrastructure au service de la ville.
 
 

FICHE TECHNIQUE


Maître d’ouvrage

SPL Clermont Auvergne

Groupement

Carta-Reichen et Robert et Associés (mandataire) / Atelier Format Paysage SETEC TPI / Agence On / Vizea

Entreprises VRD

Eurovia France / SERPOL / SOL Loire-Auvergne

Eclairage

Bouygues Energies & Services

Espaces verts et arrosages

IDverde

Fontainerie

Terideal

Passerelle piétonne

Colas GC / SGC travaux spéciaux

Menuiserie et serrurerie

Germain bois et métal

Jeux et mobiliers divers

Treyve Paysages

Pépinières

Pépinières Soupe / Pépinière Udenhout

À moins de trois kilomètres du centre de Clermont-Ferrand, le quartier Saint-Jean a entamé sa métamorphose. Ancien site industriel, ce secteur fait l'objet d'une vaste opération de renouvellement urbain portée par la SPL Clermont Auvergne. À terme, près de 1 400 logements, 20 000 m² de bureaux, des commerces ainsi que plusieurs équipements publics (lycée, école primaire et gymnase) composeront un nouveau morceau de ville. Au cœur de cette transformation, le parc Saint-Jean constitue une des pièces maîtresses de l'opération. « Nous ne voulions pas concevoir ce parc dans notre coin, entre maîtres d'ouvrage (Métropole, Ville, SPL) et concepteurs. Dès le départ, l'idée était de créer un parc capable de répondre aux besoins des habitants actuels mais aussi des futurs usagers du quartier », explique Romain Sarry, responsable de projets à la SPL Clermont Auvergne. Les habitants et futurs utilisateurs ont ainsi été associés dès les premières phases de conception. Plusieurs ateliers menés avec les scolaires ont notamment fait émerger le souhait de disposer d'espaces dédiés à la “classe du dehors”. Autre exemple de cette démarche collaborative : le choix du mobilier. La maîtrise d'ouvrage a sollicité une professeure du CHU de Clermont-Ferrand, spécialisée en médecine du sport et des explorations fonctionnelles, afin de déterminer le rythme optimal d'implantation des bancs le long des cheminements, notamment pour inclure les personnes âgées.
Le projet intègre une forte dimension pédagogique. Les plantations ont donné lieu à plusieurs ateliers participatifs. Les arbres ont été identifiés grâce à une signalétique en bois. Et un projet tutoré, conduit avec l’Université Clermont Auvergne, vise à élaborer un plan de gestion du patrimoine arboré du parc.

Faire de la nature une infrastructure urbaine

L'équipe de maîtrise d'ouvrage s'était fixée plusieurs enjeux structurants. Le premier concernait les ambitions environnementales de la ZAC, ensuite transposées au parc, avec la volonté de faire avec le “déjà-là” : “Pour y répondre, l’équipe de conception, menée par l’architecte-urbaniste Bernard Reichen, a proposé de respecter la topographie existante afin de limiter les mouvements de terre. L'autre enjeu majeur était la lutte contre les îlots de chaleur, en réduisant au maximum les surfaces imperméabilisées et en privilégiant une végétation abondante pour créer de l'ombre et maintenir un climat plus frais”, complète Romain Sarry. Pour Sophie Boichat-Lora, paysagiste conceptrice à l'Atelier Format Paysage, l'ambition du projet dépasse les limites physiques du parc. “Clermont-Ferrand est une ville en belvédère inversé : depuis la ville, vous voyez la nature partout avec une vue sur le grand paysage et sur des formes naturelles émouvantes. Nous avons voulu réinviter cette "nature-horizon" au cœur du tissu urbain. Nous avons identifié le parc comme un paysage-source qui se diffuse au quartier. La nature est pensée comme une infrastructure continue, au même titre qu'un réseau, une piste cyclable ou un transport en site propre ! Le parc ne se limite pas à son îlot : c’est un parc-rhizome.”
Dans le jardin fleuriste, dahlias, Kniphofias, plumes du Kansas et autres vivaces, mais aussi amandiers de Clermont-Ferrand, composent une mémoire végétale, témoin des histoires familiales, des migrations et des traditions horticoles qui ont façonné le quartier.
L’approche de la conception
“Au démarrage du projet, en 2017, il existait plusieurs composantes végétales intéressantes appartenant aux jardins des abattoirs, qui s’étaient progressivement ensauvagées. Cette flore rudérale a constitué le point de départ du parc, avec au sein de cette friche avancée la présence d’un double alignement de platanes, d’une équerre de tilleuls, d’un vieux cèdre, d’érables et de saules, qui créaient une ambiance particulière”, poursuit Sophie Boichat-Lora. Trois grandes approches ont ensuite guidé la conception du parc :
- La première est celle du spectacle des paysages qui entourent Clermont-Ferrand. “Nous avons travaillé des espaces permettant de libérer des vues vers les points singuliers des lointains, comme le Puy de Dôme ou le Puy de Chanturgue pour maintenir en permanence un dialogue avec le grand paysage.”
- Le deuxième thème est celui de la résurgence de la nature. “Nous avons cherché à respecter la fertilité des sols et à restaurer les logiques topographiques et hydrauliques du site. En maintenant les friches avancées en place, nous avons respecté la dynamique de refertilisation naturelle des sols. Les eaux pluviales sont récupérées et dirigées en pente douce vers des points bas. Cela crée des biotopes variés, du plus frais au plus sec.”
- Enfin, le troisième thème est celui de la reconnexion physique avec la nature. “Nous voulions retrouver la “sensation d’un bois”, avec la possibilité d’être enveloppé par la végétation. Les bosquets existants ont été amplifiés et complétés par de nouvelles structures végétales diversifiées et thématisées. Nous avons installé différentes “loges”, des jardins ponctuant le milieu originel d’événements botaniques plus inattendus invitant les visiteurs à l’exploration curieuse du parc.”

Résultat et programmation

Le cheminement principal reconnecte les rues Toni Morrison et Chappe en épousant la topographie du site afin de maintenir une pente constante de 4 %, garantissant l'accessibilité du parc à tous les usagers. Plus discrets, les cheminements secondaires reprennent les traces observées sur l'ancienne friche, prolongeant la mémoire du site et reliant les différents espaces. Le platelage en bois, conçu par Carta-Reichen et Robert & Associés, crée une deuxième traversée du parc. Les importants remblais de la zone ont été valorisés par un système de gradins pouvant accueillir jusqu'à 120 personnes, prolongés par un ponton faisant office de scène extérieure de 100 m². “Cette agora est complétée par une pergola, des brumisateurs et plusieurs salons de détente, invitant les visiteurs à profiter de la fraîcheur du parc”, complète la paysagiste conceptrice. À proximité, le jardin des cimes, composé de pins, souligne la ligne d'horizon. “Quant à la "place longue", sous les platanes, elle bénéficie d'une vue remarquable sur les Puys et peut accueillir différents événements organisés par la Ville”, poursuit-elle. En contrebas prennent place les espaces de loisirs, avec un terrain de pétanque et une aire de jeux pour enfants (mobiliers Europlay et Richter Spielgeräte). Une partie de la friche originelle a été sanctuarisée en tant que réservoir de biodiversité, tandis que l'autre peut être découverte grâce à un cheminement en bois qui invite les visiteurs à s'y immerger. Le parc accueille enfin un jardin fleuriste, qui rend hommage à l'histoire ouvrière et industrielle de Clermont-Ferrand façonnée notamment par Michelin. “La ville a accueilli des populations ouvrières immigrantes qui se sont installées avec leur histoire, leurs jardins et leurs graines, constituant un "patrimoine domestique" de fleurs du quotidien auquel cette parcelle rend hommage”, explique Sophie Boichat-Lora.
Le tronc d'un arbre abattu a été conservé sur place, devenant un objet singulier du parc. Les troncs des arbres en cépée ont quant à eux été recouverts d’un badigeon de chaux pour les protéger des échaudures : “Ce traitement ne retient pas l’humidité au contact du tronc et limite ainsi le développement de pathogènes. Il met également en valeur les belles silhouettes des cépées !”.

Un paysage naturel enrichi

Le travail de plantation a dû composer avec l'histoire industrielle du site. Certaines zones présentaient des sols pollués. “Partout où nous avons créé de nouveaux bosquets, les terres polluées ont été soit confinées, soit purgées et remplacées par de la terre végétale. En revanche, dans les secteurs de friche conservés, il n'était pas envisageable d'intervenir sans détruire la végétation en place ainsi que la dynamique naturelle de revitalisation des terres. Ces milieux ont été complètement préservés en les rendant inaccessibles au public par la mise en place de pontons et de passerelles”, explique Sophie Boichat-Lora. À l'échelle du parc, près de 400 arbres, 5 000 arbustes, 16 000 bulbes et 20 000 vivaces ont été plantés. Les différents bosquets ont été imaginés comme une succession d'ambiances végétales - bosquet des milieux frais, bosquet des cimes, bosquet des chênes méditerranéens ou encore bosquet d'hiver - offrant un intérêt paysager tout au long de l'année. “Nous avons installé des essences qui révèlent des nuances différentes au fil des saisons. Les collections de Frênes américains, de Sassafras, de Phellodendron ou de Ginko offrent des couleurs automnales. Les pins et les cépées de Ligustrum, accompagnés de la marcescence des chênes, maintiennent une structure hivernale ; au printemps les Cornouillers mâles puis les Prunus Accolade lancent le temps des beaux jours. Au sol les massifs traversent l’ensemble du parc et participent à son unité ; les grandes graminées et les vivaces dessinent un ensemble doux et frémissant au moindre souffle d’air”, souligne la paysagiste. Le choix des essences a par ailleurs intégré la future gestion du parc. Les services Espaces verts de la Ville et de la Métropole ont été associés dès la conception au travers d'ateliers réunissant maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre. “Par exemple, nous avons travaillé ensemble sur la gestion des talus les moins accessibles, en privilégiant des plantations nécessitant peu d'interventions et peu d'arrosage. Le recours aux trois strates végétales conserve également davantage de fraîcheur qu'une association classique d'arbres et de pelouses, ce qui diminue les interventions d’arrosage”, partage Romain Sarry.
Sur les 2,5 hectares prévus, 2,2 hectares ont déjà été livrés. À terme, un mail paysager viendra compléter le projet et relier le parc à la ligne de bus à haut niveau de service. En sanctuarisant une partie de la friche originelle, la Ville offre ainsi aux habitants un écrin de nature et de biodiversité qui préserve et raconte l’histoire du site.

Optimiser la reprise des végétaux

Pour Thomas Gendry, responsable d'exploitation de l'entreprise idverde, en charge du lot Espaces verts, la réussite des plantations commence dès le transport, notamment pour les arbres. “Ils doivent être correctement sanglés afin de ne pas endommager les troncs”, explique-t-il. Lors de la plantation, les équipes apportent un amendement organique, un activateur racinaire et réalisent un premier arrosage dit “à refus”. “Il consiste à arroser jusqu'à ce que l'eau ne pénètre plus afin de mettre le substrat en contact avec les racines, d'éliminer les poches d'air et d'éviter leur dessèchement”, précise-t-il. Il poursuit : “Les jeunes arbres sont particulièrement vulnérables après la plantation et leur écorce est très tendre. Nous protégeons les troncs contre les échaudures, soit avec des canisses en bambou pour les arbres-tiges, soit par un badigeon de chaux sur les cépées. Cela limite les blessures qui favorisent ensuite l'installation de parasites.” Autre étape importante : la taille de formation réalisée au moment de la plantation. “Nous cherchons à équilibrer la masse foliaire avec le système racinaire. Si l'arbre possède trop de feuilles par rapport à ses racines, il s'épuise. Cette taille favorise le développement des racines et améliore sa reprise”, partage le responsable. Pour accompagner cette phase d'installation, le parc est équipé d'un réseau d'arrosage automatique sectorisé, piloté par une centrale et des sondes pluviométriques. Les équipes assurent également un désherbage régulier pour éviter que les adventices ne concurrencent les jeunes plantations. De mars à octobre, les équipes d'idverde interviennent en moyenne une fois par semaine. “Toutes nos interventions sont tracées via une application interne. La maîtrise d'ouvrage reçoit en temps réel nos comptes rendus, accompagnés de photos avant/après, ce qui permet un suivi très précis de l'entretien”, conclut Thomas Gendry.