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Un volcan endormi, un site révélé

18/05/2026
Un volcan endormi, un site révélé
Moins connu que ses voisins et fragilisé par des ascensions “clandestines”, le puy de Côme se révèle à travers le dessin de l’agence A3-Paysage. Celle-ci a imaginé un double aménagement au pied du volcan, à la fois attractif, discret et fondé sur l’histoire du site.


FICHE TECHNIQUE


Maître d’ouvrage

Département du Puy-de-Dôme & PNR – Volcans d’Auvergne

Équipe

A3-Paysage, Crexeco, Euclid (VRD), Magma créa-signal

Investissement sentier

33 950 euros HT (études), 280 000 euros HT (travaux)

Investissement aire d’accueil

26 400 euros HT (études), 230 000 euros HT (travaux)

Au cœur de la Chaîne des Puys - faille de Limagne, le Département a engagé un double projet d’aménagement autour du puy de Côme. L’opération répondait à plusieurs objectifs. Il s’agissait d’abord de valoriser ce site afin de proposer une alternative aux secteurs plus fréquentés, comme le puy de Dôme ou le puy de Pariou. Le projet visait également à structurer l’accueil du public à travers des aménagements adaptés et intégrés au paysage. La gestion de l’eau à l’échelle du site constituait un autre enjeu majeur. “Le sommet est fermé depuis 2009, mais le passage “clandestin” de randonneurs a façonné des sentiers qui, sous l’effet du ruissellement, évoluent en ravines : de 30 cm de large au sommet, elles atteignent jusqu’à 3 mètres de large et 2,5 mètres de profondeur en bas du volcan, formant de véritables balafres dans le paysage et des couloirs pour les eaux de pluie”, explique Xavier Bonnet, paysagiste concepteur et chef de l’agence A3- Paysage. L’une des interventions a ainsi consisté à « soigner » ces ravines, afin de favoriser l’infiltration de l’eau, de diffuser les écoulements et de protéger les cheminements situés en contrebas.
Un enjeu pastoral est associé à l’enjeu paysager via l’extension de 4 hectares d’une zone de pâturage existante, permettant d’ouvrir de nouveaux points de vue et de valoriser le tracé du sentier.

Améliorer l’attractivité du sentier de randonnée

“Le site s’inscrit dans un patrimoine naturel d’exception, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, mais il porte également une forte empreinte humaine. Notre proposition a donc été de révéler cette histoire et cette cohabitation, plutôt que de les masque”, poursuit-il. Le sentier est ainsi jalonné d’éléments patrimoniaux et paysagers qui racontent l’évolution du site :
- des murets en pierre sèche, témoins d’anciens systèmes de clôture destinés à contenir le bétail ou protéger les cultures ;
- des ruines d’anciennes fenières, utilisées pour le séchage du foin ; -des traces militaires, avec des impacts de bombardements liés aux essais de la Seconde Guerre mondiale ;
- d’anciennes charbonnières, témoins d’une activité forestière et de production de charbon : “nous nous sommes autorisés à les déplacer, car il s’agit d’éléments mobiles, historiquement liés aux zones de production, afin de les rendre plus visibles le long du parcours”, explique le concepteur ;
- des éléments naturels remarquables, comme le lac de lave en pied de volcan. Les points de vue ont également été retravaillés, notamment grâce à l’ouverture de la plaine de Côme. “Nous avons associé un enjeu agropastoral à l’enjeu paysager en étendant de 4 hectares une zone de pâturage existante, ce qui a permis de créer des points de vue jusque-là absents”, précise-t-il. Cette ouverture du milieu favorise également la biodiversité : “après un inventaire sur le terrain, il s’avère que les bosquets présents dans ces milieux ouverts abritent une espèce protégée de papillon. Finalement, le projet montre que la cohabitation entre l’homme et la nature peut être vertueuse. L’activité humaine est ici nécessaire pour maintenir ces milieux ouverts : sans pâturage, le paysage se referme et certaines espèces disparaissent”, ponctue-t-il. Le sentier est ainsi revalorisé et devient une alternative attractive, pensée pour capter les visiteurs et limiter les cheminements sauvages vers le sommet.
L’emprise du parking, légèrement abaissée, permet une meilleure intégration paysagère des véhicules, dissimulés derrière des murets d’environ un mètre de hauteur.

Créer une aire accueil intégrée

Le projet comprend la création d’une aire d’accueil paysagère sur une parcelle acquise par le département, conçue comme une composante du paysage plutôt que comme un simple équipement. L’aménagement s’organise en deux séquences : une zone dédiée au stationnement des véhicules légers et des bus, et un espace piéton pensé comme une porte d’entrée vers un réseau de sentiers dont celui de Côme. Une attention particulière a été portée à l’intégration paysagère et à la gestion des ressources. Les soutènements du parking ont été réalisés à partir du réemploi de 750 m³ de blocs issus d’un chantier départemental, permettant d’équilibrer les déblais et remblais sans évacuation de terres. L’emprise du parking a été légèrement abaissée afin d’améliorer son intégration, et se trouve dissimulée derrière des murets d’environ un mètre de hauteur. Son revêtement perméable favorise, par ailleurs, l’infiltration des eaux. Les cheminements sont matérialisés par de grandes dalles en pierre issues d’une carrière locale, provenant d’une coulée volcanique, renforçant l’ancrage territorial du projet. Dans une logique “éviter, réduire, compenser”, le déboisement initial a été compensé par la plantation de 150 à 200 arbres, de tailles variées, afin de recréer rapidement un espace boisé. Les essences retenues (chênes, érables, pins) sont adaptées au contexte local et aux évolutions climatiques. L’aménagement intègre également des sanitaires secs, du mobilier en blocs de pierre ainsi que des appuis pour vélos et motos. La deuxième séquence prend la forme d’une clairière, aménagée avec un muret de pierre évoquant la silhouette des volcans et équipée de panneaux pédagogiques, permettant aux visiteurs de comprendre et de lire le paysage.
Les matériaux utilisés, issus d’une carrière locale provenant d’une coulée volcanique, renforcent l’ancrage territorial du projet. La plantation de 150 à 200 arbres contribue quant à elle à recréer rapidement un paysage boisé.
La clairière, aménagée d’un muret de pierre évoquant la silhouette des volcans, est équipée de panneaux pédagogiques permettant aux visiteurs de comprendre et de lire le paysage.

Gérer les eaux pluviales à l’échelle du site

Face aux phénomènes d’érosion liés au ruissellement, plusieurs aménagements de génie végétal ont été mis en œuvre sur le flan du volcan afin de restaurer les sols et maîtriser les écoulements. “Les petits sentiers au sommet du volcan, à l’origine des ravines, ont été refermés à l’aide de boudins de coco ensemencés avec des espèces locales indigènes”, explique le concepteur. Il poursuit : “Le long de la ravine principale, des seuils ont été créés à l’aide de pieux en bois, garnis de fagots de noisetier et de substrat, favorisant l’installation progressive de la végétation. L’objectif est de ralentir et retenir l’eau, afin de permettre une végétalisation durable du site, qui contribue ensuite à stabiliser les sol et retenir l’eau.” En complément, des dispositifs discrets de gestion des eaux ont été intégrés le long du sentier en pied de volcan. Ces ouvrages de génie végétal permettent de capter, diffuser et orienter les eaux de ruissellement, évitant leur concentration sur le chemin. Ils prennent la forme de blocs et de seuils intégrés au parcours, perçus comme de simples éléments de parcours par les randonneurs. Le projet repose sur une approche volontairement sobre. “Il s’agissait de montrer l’activité humaine tout en limitant l’intervention matérielle et même l’empreinte du concepteur sur le site”, conclut-il.