
Axonométrie du quartier de la Grâce de Dieu à Caen Dans une vision globale, le projet propose de retisser des liens entre nature et architecture.
Programmer avec le milieu
Les Grands Ensembles ont ceci de commun qu'ils conjuguent en un seul geste pensé comme définitif, architecture et urbanisme. Les politiques de l'ANRU des quinze dernières années, dans leur ambition d'infléchir la radicalité du propos moderne, n'ont pas réussi à donner partout sur le territoire, le cap d'un projet urbain clair. Pour l’équipe lauréate emmenée par La Soda, “rénover l'immeuble Langevin à la Grâce de Dieu, c'est l'occasion de restaurer une forme de modernité endormie, en associant architecture et nature”.
Au-delà d’une simple planification spatiale, l’idée du projet développée est de programmer le sol avec les conditions physiques du milieu : nature du sol et du sous-sol, faune et flore indigène, climat normand d'aujourd'hui et de demain. Ce sol doit participer à la ville en retrouvant un lien écosystémique avec l'architecture habitée. Le projet propose ainsi que le Langevin et ses abords deviennent une petite polarité périphérique anticipée, faisant cohabiter la vie locale et des pratiques d'agglomération. Il se veut être une extension végétale de la centralité existante, tout en révélant les qualités existantes plutôt que de les effacer, à travers des démolitions sélectives.

Elévation Est Ouvert sur un paysage vivant et nourricier, le Superlangevin renouvelle la façon d’habiter le quartier. Il devient un commun vivant, où habiter rime avec apprendre, produire et partager.
Un lieu ressource
Le Superlangevin est un « lieu-ressources » poreux, traversant et pluriel. Il essaime des pratiques à prolonger plus loin, par effet papillon : habiter un paysage vivant et nourricier, développer la convivialité alimentaire et rendre une alimentation de qualité accessible, s'éduquer aux transitions, marcher à l'ombre, retrouver le cycle de l'eau, prendre soin du vivant, habiter ensemble confortablement… Ces principes prennent par exemple corps à travers la “Maison du vivant” et son “Perchoir” : placés sur la toiture, décloisonnant les publics, ils combinent maraîchage, alimentation solidaire, actions pédagogiques et débats citoyens.
Respectant cette philosophie de projet, le parti pris paysager, proposé par Coloco, paysagistes concepteurs du groupement, décline une série de solutions :
- densifier la végétation existante pour marcher à l'ombre et rafraîchir la ville ;
- désimperméabiliser une place de voiture sur cinq, puis renouveler tous les 5 ans selon un audit des besoins ;
- traiter l'infiltration des eaux de pluie à la parcelle ;
- installer une ferme urbaine dédiée à la culture maraîchère ;
- installer des potagers familiaux en auto-gestion accompagnée ;
- habiter un paysage vivant et nourricier, en permettant la cueillette en ville ;
- installer des petits dispositifs à haut potentiel d'usages, dont des espaces de jeux et de mobiliers inclusifs et non genrés ;
- développer des rues partagées avec une priorité donnée aux piétons et aux mobilités douces ;
- exploiter l’ensemble des toitures (panneau photovoltaïque, zone de semis dont des serres, rooftop urbain)…
Plus qu’un projet architectural isolé, le Superlangevin s’impose comme un prototype réplicable, quelles que soient les techniques constructives en jeu. Territoire d’expériences, catalyseur d’avenir, Le « superimmeuble » devient un commun vivant, où habiter rime avec apprendre, produire et partager, offrant un nouvel horizon d’ici à 2050.