fr
fr en

Connexion
Inscription

Récapitulatif

Votre panier est vide :-(
AccueilUn parc végétal chargé d’histoire

Un parc végétal chargé d’histoire

28/03/2025
Un parc végétal chargé d’histoire
La Ville de Bordeaux décroche la médaille de Bronze aux Victoires du Paysage 2024 dans la catégorie “Nouveau quartier ou écoquartier” pour son aménagement paysager du parc du quartier du Grand Parc. Un projet de 11 hectares au cœur d’un quartier historique de grands ensembles mené par Exit Paysagistes Associés et qui fait la part belle au végétal.
 
 

FICHE TECHNIQUE


Maître d’ouvrage

Ville de Bordeaux

Maîtrise d’oeuvre

Exit Paysagistes associés, Techni’cité, Agence On, Intégral Ruedi Baur, Sol paysage, Antea groupe

Paysagiste mandataire

Exit Paysagistes associés

Entreprises du paysage

Lafitte Environnement, Bouygues Energie, Empreinte, Hydrogenie

Fournisseurs mobilier

Mobilier sur mesure (banc, table, pergola, signalétique) ; Pro Urba ( jeux)

Fournisseurs éclairage

Selux, Eclatec, Technilum, Lumen Pulse

Pépiniéristes

pépinières Lafitte et pépinières Charentaises

Superficie du projet

11 ha

Budget

9 millions d’euros HT

Date de livraison et durée du chantier

phase 1 : 2022
phase 2 : 2025 en cours
phase 3 : à l'étude

La construction du quartier a commencé en 1955 sur une zone de marais du domaine de Luze et a nécessité de lourds travaux d’assainissement et d’assèchement. Une quinzaine de barres d’immeubles a vu le jour, s’inscrivant dans la politique de construction de grands ensembles menée en France après la guerre pour reloger les familles. A seulement 800 mètres de la place des Quinconces, ce nouveau quartier d’habitations et d’équipements publics participe au développement urbain de la ville de Bordeaux vers le Nord et se distingue de l’architecture mitoyenne typiquement bordelaise. Abouti en 1975, le quartier et ses 4 000 logements s’organise autour d’un espace vert central de 11 hectares. “Malgré son accès libre et sa grande superficie, le parc peinait à attirer les visiteurs avant les travaux alors qu’il devrait rayonner à l’échelle métropolitaine, bien au-delà du cadre de quartier. Cette sous-fréquentation s’expliquait par un vieillissement général du quartier et une minéralisation excessive sur plus de 60 % de la surface de la zone”, témoigne Guillaume Lomp, paysagiste concepteur et gérant de l’entreprise Exit Paysagistes Associés. “Le plan guide a démarré en 2012, et nous n’avons commencé notre mission qu’en 2019, alors que rien n’avait été entrepris sur le site depuis son achèvement en 1975. Aujourd’hui, la première phase est livrée, et nous entamons la deuxième.”
Aussi fonctionnelle que design, la signalétique a fait l’objet d’une interprétation spécifique et qualitative. Aux commandes de ce travail : l’atelier Intégral Ruedi Baur.
Exit Paysagistes Associés a intégré jeux, végétation et modelés du terrain et inséré des tunnels dans les buttes plantées ainsi que des toboggans sur leurs reliefs. Cette conception propose un espace agréable autant pour les enfants que pour les adultes qui les accompagnent.

Imaginer le parc comme un volume plein

Pourtant situé au cœur du quartier, le parc demeurait un lieu de passage sous-utilisé. L’ambition du projet était de lui redonner une fonction et de le réanimer à travers une diversité d’aménagements comme des jeux pour enfants et adolescents, des équipements sportifs, des surfaces potagères et des lieux de détente. “Nous avons aussi mené un long travail de concertation avec les habitants du quartier, notamment sur la toponymie afin de comprendre le nom donné aux différents lieux du parc par les habitants. Ce processus était essentiel pour ancrer le parc dans le quotidien de ses usagers et en faire un espace vivant”, ajoute Guillaume Lomp. Pour rompre la sensation de vide, Exit Paysagistes Associés a misé sur une densification végétale ambitieuse. Considéré comme un ‘volume creux’, ce parc accueillait surtout des arbres dépérissants plantés dans les années 1970. “Trop souvent, le végétal est le grand oublié des projets, relégué derrière les équipements publics et les constructions. Ici, nous avons adopté une approche inverse et développé un vrai vocabulaire végétal, avec des typologies travaillées mises au premier plan. Au milieu de cet espace stérile, nous voulions réintroduire des sensations par les textures, les odeurs, la lumière et mettre en avant des perspectives ; certaines vues emblématiques s’étirent sur plus de 300 mètres. Il fallait réapprendre à se repérer au milieu des barres d’immeubles. Dans cette démarche, le travail de signalétique mené par l’atelier Intégral Ruedi Baur a été fondamental”, explique Guillaume Lomp.

Une dynamique végétale marquée par six typologies

L’agence Exit Paysagistes Associés a identifié six grandes typologies végétales qui s’appuient sur l’existant. L’enjeu était de recréer des dynamiques là où la nature avait été mise à mal et de conserver au maximum les structures présentes.
- On retrouve, dans un premier temps, les mails, de larges voies piétonnes de cinq mètres de large plantées où alternent ombre et lumière. “Il existait déjà des alignements de platanes vieillissants et fragilisés que nous avons choisis de conserver et de renforcer par de nouvelles plantations végétales diversifiées. Au total, 420 arbres supplémentaires à haut jet ont été plantés en alignement à une inter distance de dix mètres dans des fosses de 12 m3 pour prolonger la trame. Parmi les essences, on retrouve le Celtis australis, le Gleditsia triacanthos ‘Inermis’, l’Ostrya carpinifolia et le Melia azedarach”, précise Guillaume Lomp.
- Les fourrées sont des espaces de biodiversité inaccessibles et densément plantés autour d’arbres malades de dimensions variables (entre 250 et 1000 m2). “Nous avons choisi de protéger les arbres malades avec des grilles en forme d’ellipses et de les accompagner d’un mélange d’essences locales de strates variées. Ces arbres anciens sont précieux pour la faune locale (insectes, oiseaux, champignons, etc.) et leurs souches et troncs pourront être conservés dans ces ‘fourrées’”, ajoute le paysagiste concepteur. Plutôt que d’être abattus, ces arbres ont été intégrés dans des ‘poches désordonnées’ créant des ruptures dans la rigueur induite par les barres d’immeubles.
- La lisière est une épaisseur végétale faisant office d’échelle intermédiaire entre le bâti et le parc développée sur un linéaire de trois kilomètres et accompagnée d’une promenade piétonne. Son épaisseur et sa composition varient en fonction de l’environnement bâti ; équipements, accès, rez-de-chaussée habités, voies circulées, etc. Parmi les essences plantées, la sélection se compose d’Acer campestre, Albizia julibrissin, Betula populifolia, Broussonetia papyrifera, Cercis siliquastrum, Quercus imbricaria, Amelanchier ovalis, Helianthus microcephalus, Gaura lindheimeri, Punica granatum, Sorbus aucuparia, Syringa vulgaris, Acanthus mollis, Vinca minor, etc.
- Avant les travaux, de vastes espaces ouverts de prairie couvraient l’équivalent de quatre terrains de football et accueillaient divers événements sportifs et culturels. “Deux d’entre eux ont été conservés, car la végétation y avait trouvé son équilibre. Des dynamiques écologiques s’étaient installées naturellement. Nous avons interdit aux engins de chantier d’y circuler pour préserver cette richesse”, ajoute Guillaume Lomp. 
- La joualle est une structure agricole productive et nourricière inspirée d’un système ancestral de culture agricole du Sud-Ouest de la France qui combine arbres fruitiers et cultures maraîchères ou céréalières. “Tous les six mètres, nous avons planté des arbres fruitiers - Malus domestica, Pyrus communis, Prunus domestica, Prunus avium, Prunus dulcis, Juglans regia – et des arbustes qui protègent le sol et accompagnent le développement racinaire des fruitiers. Chaque rangée est séparée par douze mètres de cultures potagères” Cette agriculture urbaine a été développée sur 3 000 m2 et est aujourd’hui gérée par une association locale. Le modèle est voué à être dupliqué lors de la phase trois du projet.
- Les bouquets d’arbres à haute tige constituent la dernière typologie végétale identifiée. Cette typologie est composée de conifères et feuillus marcescents (Pinus, Quercus) et d’une strate herbacée haute fauchée une fois par an. Les bouquets bordent les prairies, apportent de l’ombre et forment des repères visuels. Guillaume Lomp explique la méthode employée : “Les bouquets sont plantés sur butte en remblais d’un à deux mètres dont les talus servent ponctuellement d’assise avec l’installation de gradines. Les buttes adoptent un profil en cratère pour récupérer un maximum d’eau de ruissellement aux pieds des arbres. La géométrie des fosses diffère selon les talus, les fosses communes étant privilégiées et les fosses individuelles présentant un volume minimum de 13 m3. Un paillage de BRF sur huit à dix cm a été déposé en pied de chaque arbre. Les arbres tiges ont été volontairement plantés jeunes, de force 16/18 pour une meilleure reprise.”
Le mobilier a été dessiné à partir des rapports d’échelles en proportion avec la volumétrie des bâtiments. Les gestes sont généreux en réponse à l’urbanité du quartier et les grandes longueurs sont privilégiées. Les supports sont placés sur la trame orthogonale du quartier. Répétitif, le système modulaire fait écho aux constructions environnantes.

Redonner vie à un sol stérile, entre fertilisation et dépollution

Asséché par un remblai généralisé dans les années 1960, le sol était sableux, drainant et extrêmement compact, rendant toute plantation végétale difficile. “Environ 10 % du parc étaient dangereusement pollué et nécessitaient des mesures spécifiques pour protéger le public. Pour éviter la dispersion des contaminants, les zones les plus polluées ont été recouvertes par un revêtement amortissant en gazon synthétique utilisé pour les plateaux de jeux. Sur le reste du site, bien que les qualités agronomiques soient faibles, la pollution était moins dangereuse”, souligne Guillaume Lomp. Sur un mètre de profondeur, le substrat a été amélioré par des argiles et du limon mélangés au sable pour favoriser la fertilité et enrichir la structure. “Les opérations de fertilisation du sol ont été menées par Sol Paysage, qui a réalisé un travail minutieux de brassage et d’amendement.” Au niveau de la partie potagère, une attention particulière a été portée à la qualité agronomique du sol.“Nous avons choisi les zones les plus lumineuses et moins polluées du site pour l’agriculture urbaine et déblayé jusqu’à 1,5 mètre de profondeur. Des volumes ont ensuite été recréés sur la zone déblayée sous la forme de merlons de terre végétale pour garantir un sol sain. Au total, 1 300 m3 de terre végétale en provenance de Parempuyre ont été apportés.” En ce qui concerne les eaux pluviales, Guillaume Lomp précise qu’aucun réseau d’assainissement ni bassin de rétention n’a été mis en place ; la majorité du site étant situé sur un substrat drainant capable d’infiltrer naturellement les eaux pluviales. “Les cheminements faisant le tour du parc ont été réalisés en arène granitique d’Angers, un stabilisé fluent qui garantit une certaine perméabilité. Des jetées piétonnes en béton coulé carrossable de cinq mètres desservent les équipements du parc. Leur finition ‘sablée’ est proche de la couleur du stabilisé utilisé pour le tour du parc.” Un projet qui rétablit l’équilibre entre nature et infrastructures pour les usagers.

Respecter les ZPR, protéger les arbres

Une attention particulière a été donnée à la préservation des arbres existants et de leur système racinaire. L’équipe de paysagistes concepteurs a déterminé des Zones de Protection Racinaire pour chaque arbre présent sur le parc, calculées en multipliant par 12 le diamètre des troncs mesuré à un mètre de hauteur. Ces périmètres ont été préservés de toute installation, qu’il s’agisse de jeux, de chemins ou de mobilier urbain. Inspirée de la norme britannique BS 5837:2012, cette méthode a été appliquée aux 250 arbres existants sur le site et a considérablement influencé la géométrie du parc. Enfin, pour améliorer la santé des arbres protégés, une aspiratrice-excavatrice a été utilisée afin de retirer avec précision la terre sur une profondeur de 20 centimètres entre les racines, sans les endommager. Les interstices ainsi dégagés ont ensuite été comblés avec un mélange fertile pour améliorer la valeur nutritive du sol.